| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Un mois après le passage de l'évêque de Genève, mais ne se référent qu'à la viste de 1687 par l'abbé de Clairvaux, présent en visite pour la quatrième fois, Jean-Antoine De la Forest de Sômont, abbé de Tamié, toujours vicaire général des abbayes cisterciennes de Savoie, se rend à l'abbaye de Chézery, le 6 octobre 1699.
De nombreux paragraphes de sa carte de visite (spirituelle) vont reprendre et faire référence à une visite intermédiaire, celle du Très Révérand Abbé de Clairvaux [Aube] faite en 1687. Globalement, depuis la première visite de l'abbé de Tamié en 1678, on semble constater à Chézery une très nette amélioration des comportements des moines par rapport à la Règle et au Bref. Mais l'abbé, accablé par les infirmités, même si c'est dans une période de répit, a-t-il toujours l'esprit assez alerte ou est-il passé au haut de la vague ? La visite suivante, il est vrai en 1717, par un nouvel abbé Jougla, insistera à nouveau si fortement sur les règles à suivre qu'on peut penser que ce n'était pas sans raisons...
Selon son habitude, le visiteur ne dénomme ni l'abbé (Victor-Amédée-Joseph de Savoie, dit Joseph de Savoie, aussi Guiseppe de Trecesson) ni le prieur (Dom Lorette ?), ni les religieux.
La carte de visite (compte-rendu) signale d'abord 10 religieux, dont 7 présents à Chézery (le prieur, qui est un religieux de Balerne, un autre profès d'Aulps, quatre profès de Chézery et un convers). Les trois profès de Chézery se trouvant à l'extérieur sont l'un prieur d'Aulps, un autre demeurant à Hautecombe et le troisième à Mont Sainte-Marie.
Concernant l'office divin et la Règle, on est satisfait : "nous n’avons qu’à les exhorter de ne point se relâcher, de la fidélité et des pauses avec lesquelles on y satisfait, n’ayant rien à y ajouter." Par ailleurs, on se lèvera chaque jour ordinaire à 3 heures pour les matines, on "observera le silence dans les lieux et temps prescrits". "Dom Prieur et chaque religieux à son tour, expliquera le chapitre de la Règle qui sera lu dans le chapitre, après quoi on fera les proclamations et corrections. Dom Prieur veillera sur la conduite intérieure de chaque religieux (...)" ; "On travaillera des mains aux jours, heures et manières marquées dans le rituel" ; "un religieux aura un soin particulier de faire, au moins tous les dimanches après diner, le catéchisme ou exhortation au frère convers et aux domestiques".
L'interdiction de détenir personnellement de l'argent s'accentue : "Le sacristain mettra chaque mois dans le coffre à trois clefs tout l’argent qu’il aura reçu des messes ou offrandes, sans qu’il en puisse délivrer la moindre somme au cellérier ou autre". Plus loin, on relève que "le cellérier ne donnera jamais de l’argent aux religieux pour acheter des habits ou autres choses". Et encore "Au retour des voyages, on rendra au cellérier le reste de l’argent qu’on n’aura pas dépensé, et nous déclarons que nous ne permettons à personne d’en avoir, révoquant à cet effet en tant que de besoin toutes permissions, tacite ou expresse, et déclarons que les contrevenants sont excommuniés ipso facto, comme propriétaires suivant nos statuts."
On réduit au maximum les contacts avec les gens du voisinage et de nouvelles procédures doivent les décourager de pénétrer dans le monastère : "personne n’ira à la grande cour devant la porte du monastère sans permission du supérieur, et on continuera l’exactitude avec laquelle on tient cette porte fermée, et avec laquelle on a empêché l’entrée aux gens du voisinage." (...) "on mettra une cloche au balustre [de l'église] afin que les étrangers puissent appeler le sacristain [pour se faire présenter les reliques de St-Roland] " (...) "le Prieur ne doit pas facilement permettre les fréquentes sorties des religieux dans le voisinage , et qu’il évitera indispensablement d’aller faire dire la messe par les religieux dans les paroisses ou communautés, sous quelque prétexte que ce soit d’aider les curés." (...) ; "On tiendra la main à ce que le rateau, ou porte de derrière, soit toujours fermé à clef, lors même que l’on charrie du bois ou des denrées ; et en attendant que la clôture de murailles soit achevée, on continuera de fermer l’enclos avec des palissades ou haies." On défend "toute sorte de superfluités dans la réception des hôtes, nous défendons au cellérier de plus acheter des sucreries, confitures, liqueurs et autres choses semblables, si contraires à la pauvreté religieuse, sauf quelque pain de sucre". Enfin, clairement : "comme en certains jours, cette maison est en coutume de recevoir un grand nombre d’hôtes, nous exhortons les Prieurs et religieux de faire tout leur possible pour en diminuer le nombre, soit en n’y invitant personne, soit en leur faisant une modique chère, sans aucune recherche de viande ou vin extraordinaire". Et encore, le monastère n'est pas une pension, que les hôtes aillent à l'hôtel... "Nous défendons de recevoir à pension ou autrement, même pendant peu de jours, des personnes séculières ou autres, ni de loger celles qui se viendraient réfugier dans l’abbaye, lesquelles on renverra à l’hôtellerie qui est à la porte."
La rigeur pour le tenue des comptes est rappelée, mais il ne semble plus y avoir de manquements : " (...) le cellérier mettra dans le coffre à trois clefs [salle des archives] l’argent dont il restera débiteur au finito des comptes". "Dom cellérier fera renouveler les obligations ou constitutions de rente pour fondations de messes."; "On mettra régulièrement dans le coffre à trois clefs les livres des comptes quand ils auront été signés, et toutes les précédentes cartes de visite et les registres du vestiaire de chaque année."
Le tenue vestimentaire nécessite encore des rappels : "En exécution des décrets du chapitre général de 1683 et 1686 qui ordonnent aux abbés et aux religieux de porter en campagne des habits longs et un manteau noir par-dessus, ou une casaque longue, large et non étroite, nous défendons de porter en quelle occasion que ce soit des justaucorps ou casaques étroites. Nous supprimons aussi l’usage des petits capuces qui ne sont pas cousus au scapulaire, et nous chargeons le supérieur de ne laisser sortir personne qui ne soit vêtu comme dessus." (...) "tous porteront des chemises de serge en tous lieux et en tout temps. A cet effet nous commandons à Dom cellérier d’acheter incessamment les étoffes nécessaires afin qu’avant l’Avent chacun ait trois ou quatre chemises de serge pour son usage." Dom cellérier est autorisé à effectuer les achats sans être accompagné : "Quand il ira faire des emplettes d’étoffes, denrées ou autres choses, il ne sera accompagné d’aucun religieux, attendu surtout leur petit nombre".
Concernant le dortoir, on relève que "la lampe du dortoir sera allumée la nuit après Complies." ; "le Prieur et tous les religieux auront des chambres au dortoir, modestement meublées, sans matelas, lits de plumes, ni draps de toile." Enfin : "Étant indécent que les religieux s’aillent chauffer à la cuisine, nous leur en interdisons l’entrée pour ce sujet, et au lieu d’y aller ils se chaufferont dans l’avant-chambre du prieur, soit qu’il soit dedans ou dehors du monastère, qui la laissera, lorsqu’il fera froid, toujours ouverte afin qu’on s’y aille chauffer librement ; et on y gardera le silence, sauf pendant les conférences après les repas."
A propos des repas : "On continuera de sonner à l’église et au réfectoire pour le diner, souper et collation ; on gardera avec fidélité l’abstinence de viande hors du monastère comme on l’observe dans icelui, sans qu’on s’en puisse dispenser pour la qualité des personnes avec qui on est, ou la difficulté d’avoir du maigre." ; "On continuera, (...) de faire faire la lecture pendant tout le diner et souper par des religieux, le convers ou valets, sans qu’on en puisse dispenser pour les hôtes qui mangent au réfectoire, ou autre occasion".
Concernant les frais de cette visite, l'abbé de Tamié en avait donné quittance au Sr Burdet, fermier général de l'abbaye [AD73, 4B4332, Inv. Burdet, titre n° 49]
Source : AD73, SA 206, ff° 189-192.
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Frère Jean-Bénilde (Tamié) ; Hélène Rinaldi (Transcription).
Première publication, le 26 juin 2020. Dernière mise à jour de cette page, idem.