Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Visite régulière de l'abbaye, le 6 octobre 1699 (justificatif) [Inédit]

 

"[f° 189] Carte de visite de l’abbaye de Chesery

Frère Jean-Antoine [De la Forest de Sômont], abbé de Tamié, Vicaire général de l’Ordre de Cisteaux en Savoye, visitant de l’autorité du Chapitre Général, le monastère de Chesery, au diocèse de Genève, et de la filiation de Fontenet en la ligne de Clairvaux, y avons trouvé, outre le Prieur qui est religieux de Balerne, et un religieux d’Aups, quatre profès de cet abbaye [de Chezery] et un convers ; les autres profès d’icelle [Chezery] étant l’un Prieur d’Aups, un autre demeurant à Hautecombe et un troisième à Mont Ste-Marie ; et après avoir ouï les présents en scrutin et pris connaissance de l’état spirituel été temporel, nous avons fait les ordonnances suivantes, qui seront lues avec les décrets du dernier Chapitre général, ci-attachés, à chaque quatre temps de l’année et observées exactement.

Touchant l’office divin, nous n’avons qu’à les exhorter de ne point se relâcher, de la fidélité et des pauses avec lesquelles on y satisfait, n’ayant rien à y ajouter.

Suivant la carte de visite du Très Révérand Abbé de Clairvaux [Monseigneur Bouchu] faite en 1687 et autres visites confirmatives d’icelle et conformément au Bref d’Alexandre VII et au Chapitre général de 1667, on se lèvera chaque jour pour Matines à trois heures et les jours les plus solennels à deux (heures).

Le sacristain mettra chaque mois dans le coffre à trois clefs tout l’argent qu’il aura reçu des messes ou offrandes, sans qu’il en puisse délivrer la moindre somme au cellérier ou autre.

Selon la même carte de visite, personne n’ira à la grande cour devant la porte du monastère sans permission du supérieur, et on continuera l’exactitude avec laquelle on tient cette porte fermée, et avec laquelle on a empêché l’entrée aux gens du voisinage.

En exécution de cette même carte, qui défend toute sorte de superfluités dans la réception des hôtes, nous défendons au cellérier de plus acheter des sucreries, confitures, liqueurs et autres choses semblables, si contraires à la pauvreté religieuse, sauf quelque pain de sucre.

Comme en certains jours, cette maison est en coutume de recevoir un grand nombre d’hôtes, nous exhortons les Prieurs et religieux de faire tout leur possible pour en diminuer le nombre, soit en n’y invitant personne, soit en leur faisant une modique chère, sans aucune recherche de viande ou vin extraordinaire.

On tiendra la main à ce que le rateau, ou porte de derrière, soit toujours fermé à clef, lors même que l’on charrie du bois ou des denrées ; et en attendant que la clôture de murailles soit achevée, on continuera de fermer l’enclos avec des palissades ou haies.

On observera ladite carte de visite pour la reddition des comptes du journalier, de la dépense et recettes à la fin de chaque mois, quand même Dom Prieur serait absent, et conformément à icelle, le cellérier mettra dans le coffre à trois clefs [salle des archives] l’argent dont il restera débiteur au finito des comptes, sans qu’il le [f° 190] puisse employer dans les comptes suivants. S’il lui faut de l’argent pour les avances, il en prendra dans ledit coffre, dans lequel il mettra tout ce qu’il recevra au-dessus de cinquante livres.

En exécution des décrets du chapitre général de 1683 et 1686 qui ordonnent aux abbés et aux religieux de porter en campagne des habits longs et un manteau noir par-dessus, ou une casaque longue, large et non étroite, nous défendons de porter en quelle occasion que ce soit des justaucorps ou casaques étroites.

Nous supprimons aussi l’usage des petits capuces qui ne sont pas cousus au scapulaire, et nous chargeons le supérieur de ne laisser sortir personne qui ne soit vêtu comme dessus.

On observera le silence dans les lieux et temps prescrits par l’article 16 dudit Bref.

On continuera de sonner à l’église et au réfectoire pour le diner, souper et collation, comme il est marqué dans les chapitres des Us de Refectione et Bibere post vesteras.

La lampe du dortoir sera allumée la nuit après Complies.

En exécution du Bref et des règlements laissés ici par le Très Révérend Abbé de Clairvaux, tous porteront des chemises de serge en tous lieux et en tout temps. A cet effet nous commandons à Dom cellérier d’acheter incessamment les étoffes nécessaires afin qu’avant l’Avent chacun ait trois ou quatre chemises de serge pour son usage.

Suivant les mêmes règlements, on gardera avec fidélité l’abstinence de viande hors du monastère comme on l’observe dans icelui, sans qu’on s’en puisse dispenser pour la qualité des personnes avec qui on est, ou la difficulté d’avoir du maigre.

Le cellérier ne donnera jamais de l’argent aux religieux pour acheter des habits ou autres choses, lesquelles il leur fournira lui-même.

Quand il ira faire des emplettes d’étoffes, denrées ou autres choses, il ne sera accompagné d’aucun religieux, attendu surtout leur petit nombre.

On continuera, suivant lesdits règlements, de faire faire la lecture pendant tout le diner et souper par des religieux, le convers ou valets, sans qu’on en puisse dispenser pour les hôtes qui mangent au réfectoire, ou autre occasion.

On observera l’article desdits règlements qui porte que le Prieur et tous les religieux auront des chambres au dortoir, modestement meublées, sans matelas, lits de plumes, ni draps de toile.

On observera de même l’article qui porte que le Prieur ne doit pas facilement permettre les fréquentes sorties des religieux dans le voisinage, et qu’il évitera indispensablement d’aller faire dire la messe par les religieux dans les paroisses ou communautés, sous quelque prétexte que ce soit d’aider les curés.

Au retour des voyages, on rendra au cellérier le reste de l’argent [f°191] qu’on n’aura pas dépensé, et nous déclarons que nous ne permettons à personne d’en avoir, révoquant à cet effet en tant que de besoin toutes permissions, tacite ou expresse, et déclarons que les contrevenants sont excommuniés ipso facto, comme propriétaires suivant nos statuts.

Dom Prieur nommera un religieux qui aura un soin particulier de faire, au moins tous les dimanches après diner, le catéchisme ou exhortation au frère convers et aux domestiques.

Suivant les Us, Dom Prieur et chaque religieux à son tour, expliquera le chapitre de la Règle qui sera lu dans le chapitre, après quoi on fera les proclamations et corrections.

Dom Prieur veillera sur la conduite intérieure de chaque religieux et sur ses occupations, et prendra un soin particulier que leurs conversations soient sur des matières de piété. Et à cet effet, après le souper ou la collation, principalement en hiver, un religieux, chacun à son tour proposera quelque sujet d’édification, et le supérieur sera exact à y assister et à y faire assister tous les religieux, même le cellérier.

Étant indécent que les religieux s’aillent chauffer à la cuisine, nous leur en interdisons l’entrée pour ce sujet, et au lieu d’y aller ils se chaufferont dans l’avant-chambre du prieur, soit qu’il soit dedans ou dehors du monastère, qui la laissera, lorsqu’il fera froid, toujours ouverte afin qu’on s’y aille chauffer librement ; et on y gardera le silence, sauf pendant les conférences après les repas.

Nous défendons de recevoir à pension ou autrement, même pendant peu de jours, des personnes séculières ou autres, ni de loger celles qui se viendraient réfugier dans l’abbaye, lesquelles on renverra à l’hôtellerie qui est à la porte.

On ne fera plus prêcher à l’église le jour de St Symphorien.

Dom cellérier fera renouveler les obligations ou constitutions de rente pour fondations de messes.

On mettra une cloche au balustre [de l'église] afin que les étrangers puissent appeler le sacristain [pour se faire présenter les reliques de St-Roland].

On fera relier deux missels de l’Ordre qui sont à la sacristie.

On achètera deux bonnets carrés pour les prêtres séculiers.

On prendra tous les ans les Saintes huiles pour les avoir toujours dans la maison.

Le chantre sera toujours du chœur de l’Abbé.

On travaillera des mains aux jours, heures et manières marquées dans le rituel selon les Us.

On mettra régulièrement dans le coffre à trois clefs les livres des comptes quand ils auront été signés, et toutes les précédentes cartes de visite et les registres du vestiaire de chaque année.

[f° 192] Fait et publié par nous, dans le chapitre de ladite abbaye de Chesery, le 6 octobre 1699." [Fin de la transcription].

 

Source : AD73, SA 206, ff° 189-192.

Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Frère Jean-Bénilde (Tamié) ; Hélène Rinaldi (Transcription).

Première publication, le 26 juin 2020. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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