| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Chacun connaît le terrible incendie de 1870. Mais le feu avait déjà fait des ravages au préalable à Châtillon-en-Michaille (Ain), en particulier en 1843 où 20 maisons furent détruites affectant 75 personnes parmi les plus pauvres dont la maison se situait au Quartier de la Tour, se retrouvant sans abri, sans linge et sans pain. L'étude sur un siècle des registres de propriété (avec les mentions d'exonération fiscale en cas de maison incendiée) nous fait découvrir bien d'autres sinistres... Les siècles précédents, notamment par temps de guerre, avaient aussi connu des incendies ravageurs, mais, sauf indirectement, comme avec des nobles déplorant avoir perdu leurs titres par l'incendie de leur demeure, on n'en sait guère plus ....
Un article du Journal du commerce de la ville de Lyon et du département du Rhône, du 13 octobre 1841 relate l'incendie survenu dans la nuit du 5 au 6 octobre 1841, consumant les maisons de l'épicier Bonneville et du notaire (François-Marie) Caire (Rue A. Bonneville) :
"Un terrible incendie a éclaté, durant la nuit du 5 au 6 de ce mois, dans la commune de Chatillon de Michaille (Ain). Un vent violent élevait les flammes à une hauteur prodigieuse et lançait une pluie de feu qui semblait devoir tout dévorer. Heureusement l'orage (!) s'apaisa sous une forte pluie qui sauva la commune d'un grand désastre et en rassura les habitants épouvantés.
"La maison du sieur Bonneville, marchand épicier, dans laquelle avait éclaté l'incendie, ainsi qu'une maison voisine, appartenant à M. Caire, notaire, ont été presqu'entièrement consumées. Néanmoins les archives et les minutes de cet officier public, ont pu être enlevées et mises en lieu de sûreté.
"M. le sous-préfet de Nantua, qui s'est rendu sur les lieux, M. le maire de cette ville, qui a envoyé une pompe et des pompiers, les gendarmes de Bellegarde et les employés des douanes, l'autorité et la population de Chatillon, tout le monde a fait admirablement son devoir dans cette cruelle nuit qui pouvait avoir des suites bien plus funestes" [Bnf, Retronews].
Le registre des propriétés, qui note la détaxation pour les maisons incendiées, permet de connaître précisément les bâtiments détruits par le feu. Ce sont ceux des parcelles A 261 (Caire), 263 (Caire) et 264 (Bonneville), qui consistaient en les deux (ou trois) dernières maisons situées à l'angle des actuelles rues Aimé Bonneville et Saint-Joseph, à gauche en se dirigeant vers Bellegarde.
La maison Bonneville, reconstruite en 1847 avec 28 ouvertures fiscales, est alors acquise par Adèle Rendu. Le notaire Caire déménagea pour la rue Astier, à proximité de la Place, rue qui brûla presque en entier avec son étude en 1870...
Voir l'incendie au nord-est de ce Quartier de la Tour
La Glière, comportait encore en 1832 trois maisons, l'une triple au nord (B 980-981, Plans Nap., feuille B3), une autre voisine (B 995) et une aussi au sud (B 951). La première, appartenait aux Marchand, Louise, domiciliée à Nantua, et François et Joseph y demeurant. Louise et François, ainsi que deux autres personnes (Vincent Perrin et Jean-Antoine Pillard de La Joux), y possédaient aussi un grand four en commun, situé à l'écart de cette maison. D'après les registres de propriété cette "maison-bâtiment" fut détaxée en 1845 (chacun des propriétaires étant imposé pour 4 ouvertures), pour raison dite d'avalanche pour l'un des propriétaires (B 980) et d'incendie pour l'autre ! Autrement dit, l'avalanche a été suivie d'un incendie !
Notons qu'aux plans rénovés de 1872, il n'y avait alors plus ni cette maison, ni aucune autre, aux Glières. D'après le recensement de 1841, les deux Marchand, François étant veuf, demeurent encore au "hameau d'Ardon". En 1846, Joseph est désormais au bourg (rue Astier), tandis que François est bien dit aux Gallanchons, avec ses trois enfants, et encore en 1851 (son aîné avec lui, étant marié).
C'est peut-être pour cet incendie à Ardon (avant décembre 1845), qu'une somme de 107,50 francs avait été déposée au bureau du Courrier de l'Ain, avec les remerciements de M. Merme, adjoint au maire, le 15 décembre 1845 [Courrier de l'Ain, décembre 1845 (vue 36, col. 2)].
Signalons la maison A 122 (env. 909 rue A. Bonneville, juste après l'ancienne maternité en direction de Bellegarde), reconstruite en 1844, pour laquelle Joseph Renand obtient en 1850 la détaxation pour cause d'incendie.
Rue(s) du Bac à Ardon (environ au n° 85), la maison d'Hilaire Pin (B 303, feuille B1) est dite acquise pour une construction nouvelle en 1842 et incendiée en 1856, mais dite transmise en 1856 (à Charles Pernod) et donc reconstruite au préalable [3P 720 (vue 371)].
Déjà, en face (B 298 et B 302), les maisons de Pernod Jean et Jacques avaient été fiscalement détruites et détaxées respectivement en 1854 et 1856. Est-ce le même incendie avec le feu traversant la rue mais une erreur de date, ou deux incendies différents ? [3P 720 (vues 356 et 353)].
Si la Grande Côte n'est pas un hameau de Châtillon, un notable y avait un bébé en nourrice, et un incendie l'a suffisamment apeuré qu'il a consigné cet incendie dans un registre (météorologique...) : "Ce jour-là 20 (novembre 1866), sur les trois ou quatre heures du soir, un incendie a brûlé la maison des Chenavard [barré : des enfants d'Henri Besson] à la Grande-Côte. Mon frère [Jean Lacroix], le juge de paix, avait son enfant [en marge : Charles !], en nourrice dans cette maison, chez le fermier de Chenavard [barré : Besson]. Le mobilier, les fourrages et denrées, presque tout a été perdu. L'enfant a été sauvé des flammes mais une partie de son trousseau a été brûlé. C'est une perte de 30 à 40 francs." [Archives privés, Lacroix].
L'incendie du Quartier de la Tour en 1843, avait-il épargné la maison de la parcelle A 228 (entre les rues du Bois de la Raie et de la Tour) ? En tous cas, fiscalement imposée au nom de Jean Antoine Dominique Rendu, elle est donnée pour incendiée à la taxation de 1868 [3P 720 (vue 21)], et ne figure plus aux plans rénovés de 1872.
Les mêmes notes que celles concernant l'incendie du 20 novembre 1866, nous en relatent un autre, maîtrisé à temps à proximité des halles de Châtillon, le 20 juillet 1867 : "Un commencement d'incendie a eu lieu sur le toit de la maison de la ferme Ravinet, proche la Halle, occasionné par une étincelle partie de la cheminée, qui n'a pas pris feu et qui est retombé sur le toit. Il a été très promptement éteint, d'abord par mon frère le juge de paix [Jean Lacroix], Brissard le brigadier de gendarmerie et deux autres à l'aide, (...) ; la pompe a achevé le reste." [Archives privés, Lacroix].
En 1869, une maison de 6 ouvertures et le moulin d'amont du ruisseau du Tacon, édifiés sur la parcelle B 1139 (feuille B4) à Tacon-le-Bas, sont détaxés pour cause d'incendie. On ne sait pas avec certitude qui en était le propriétaire, la mutation de propriété passant en 1868 de Pierre Auguste Pichon, de Bellegarde, à la Société anonyme des Mines et Carrières de Bellegarde qui y construit une scierie nouvelle en 1872.
Ces bâtiments ne figuraient pas encore aux plans rénovés de 1872. Toutefois de nos jours, on y trouve encore des ruines de la scierie (bief, murs et engrenages métalliques).
Une source privée Lacroix, qui relate l'incendie (voir en 1868).
Voir le grand incendie de 1870
Vers 1880, c'est à la maison d'habitation (B 1143, feuille B4) de l'autre moulin, celui d'aval de Tacon-le-Bas qu'un incendie donne droit à une détaxation en 1881 (la partie contiguë B 1144 n'est pas mentionnée pour l'incendie). Cette construction nouvelle ayant 4 ouvertures fiscales avait été édifiée en 1847. Lors de l'incendie le propriétaire en était François Barbier [3P 721 (vue 55)].
Parcelle, B 1018, au hameau de La Joux d'en Bas, une détaxation en 1888 est appliquée en faveur de Jean Dunand et François Barbier, fils d'Albert, à Châtillon, pour cause d'incendie [3P723 (vue 150)].
En 1888, les maison et bâtiment de François Vuaillat, gendre Buffard, au hameau de Nangletan (B 1399 et B 1400, feuille B5), sont détaxés pour raison d'incendie [3P723 (vue 148)].
La veuve, née Bouvier, de Jean François Monnet, à Châtillon (qui succède vers 1882 à François-Auguste Bouvier, fermier au Cul de la May et Jean-Antoine Bouvier), est détaxée en 1894 pour l'incendie de la maison de Grassy (B 1416) [3P723, vue 46].
La dernière maison à droite en sortant de Châtillon en direction de Bellegarde (A 100, feuille A1), avait été incendiée, procurant une détaxation en 1895. son propriétaire était Vital Buffard, fils d'Anthelme, coquetier à Châtillon, l'ayant acquise en 1882 [3P723, vue 64].
Vers 1895, un incendie embrase 3 maisons contiguës d'Ardon situées non loin de la chapelle (B 189, B 191 et B 207, feuille B1). Curieusement les registres de propriété ne font pas mention de détaxations ! Est-ce parce qu'elles furent reconstruites assez vite ? D'après les années des mutations, les propriétaires étaient donc, respectivement : 1) Jean Emile Clertan, fils d'Antoine, à Ardon ; 2) Honoré Pellet, fils de François, à Ardon ; 3) Honoré, Aimé et Charles Pellet, à Ardon.
Voir la photographie des murs calcinés, prise le 18 mai 1896 (NB et colorisation).
La maison du Murger (A 651, feuille A3) qui avait appartenu vers 1911 à Marie Lacroix, veuve Miraillet, demeurant à Vanchy, et qui connut plusieurs mutations, dont une dernière en 1922 celle vers Alfred Mischler, cultivateur à la Gauthière (Billiat), et Allmen Von Fritz, receveur des Postes, à Stechelberg, commune de Lauterbrunnen, canton de Berne (Suisse), est détaxée en 1926 pour cause d'incendie [3P724 (case 144)].
En juillet 1944, les Allemands sur le repli se vengent des résistants en brûlant plusieurs des maisons qu'ils pensaient les avoir abrités dans nos communes, le plus souvent des granges délaissées, mais pas toujours. La plus connue de ces exactions à Châtillon-en-Michaille, fut perpétrée à Trébillet, rive droite de la Semine (la rive gauche étant sur le territoire de Montanges). Là, les maisons situées au bord de la D 1084, côté sud, furent toutes brûlées, le 12 juillet 1944, et même des habitants exécutés, avec une stèle du souvenir.
La maison de la parcelle B 1164 (feuille B4) existait déjà en 1832, étant même mentionnée "La Crotte, Auberge" sur la feuille de plan. Fort logiquement cette maison n'existe plus sur les plans rénovés de 1972 (feuille B4), ni les voisines, construites et démolies entre les années de ces deux plans.
Curieusement cette ancienne belle maison disposant de 21 ouvertures fiscales n'est pas expressément dite incendiée dans les registres de propriétés. Elle semble seulement dite démolie et reconstruite, ou du moins prendre le statut de bâtiment agricole en 1858...
Par contre l'habitation édifiée en face (devenue une autre auberge et récemment démolie), positionnée le long de la jonction prolongeant le pont est bien présente en 1832 (B 1163, feuille B4), et on la retrouvait encore au plan de 1972 (B 879, feuille B5), mais bien modifiée (et positionnée de l'autre côté, à l'est, de la nouvelle jonction et du nouveau pont). Elle appartenait en 1832 à François-Marie Moine. Les mutations furent ensuite nombreuses. Retenons l'acquisition (vers 1854) par Louise Cadier, épouse d'Amédée Crochet, industriel qui se fit un nom dans le pays en traitant le gypse pour en faire du plâtre, puis la Société anonyme d'électricité de Châtillon (vers 1911), Zéphirin Jeantet de Bellegarde (depuis 1919 environ). Il semble bien que ce soit par confusion (avec la maison ci-dessus) que cette habitation soit dite supprimée par fait de guerre et sortie fiscalement en 1945 dans un registre de propriété [3P 724, case 200]. Les anciens n'ont pas mémoire d'une telle vengeance pour cette maison, et elle ne fut démolie que récemment, au début des années 2020...
Non loin, à vol d'oiseau, la Grange de la Rochette (B 1465, feuille B5) est détruite par fait de guerre en 1944, et détaxée en 1945 au profit d'Alphonse Guillermet, propriétaire, tandis que la Rochette d'en Bas (B 1477), du même propriétaire, avait été démolie volontairement dès 1943 [3P724 (case 102)].
Signalons enfin au Paradis, l'usine R.O.C (Société Oberreiner Châtillon), sur la parcelle B 1547 (feuille B6 des plans napoléoniens), transférée de Bellegarde à Châtillon en 1934, dont les registres de propriété de Châtillon retiennent la construction nouvelle d'un garage et d'une soute à charbon en 1939, et surtout de bureaux et ateliers en 1941, le tout appartenant à Pierre Oberreiner, industriel au bourg, et détruit pas fait de guerre en 1944 [3P724, case 247].
L'usine R.O.C. désormais connue par la production de ses roulements à billes, fut totalement détruite par un nouvel incendie en janvier 1984. La presse rappelle alors sont "plasticage, le 27 mai 1944" [La tribune]. Ce fut une opération de sabotage menée par la Résistance française contre une entreprise soupçonnée de collaborer avec l'occupant nazi [Web, Copilot]
Publication : Ghislain Lancel.
Première publication le 3 décembre 2025. Dernière mise à jour de cette page, idem.