| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Tacon est un hameau situé tout au nord de Châtillon-en-Michaille et qui se décompose en deux groupes d'habitations nettement séparés et différenciés par l'altitude, Tacon-le-Bas, près de la route, et Tacon le Haut. La route départementale actuelle (RD 1084) suit presque le même tracé que l'ancienne "Grande route de Lyon à Genève". Les plans napoléoniens (de 1832 environ) en conservent le tracé. Les deux bâtiments hydrauliques (moulins B1139 et B1145) alimentés par deux biefs pris sur la rivière de Tacon de part et d'autre de la route sont reconnaissables à leurs roues symbolisées par une petite étoile.

Ce Tacon du Bas est délimité au nord-ouest avec St-Germain de Joux par la rivière Tacon, et au nord-est avec Montanges par la Semine, dans laquelle se jette le Tacon (qui désignerait en patois un jeune saumon...)
En 1748, un aveu et dénombrement par Claude de Bouvens, seigneur du lieu, témoignait d'un pont sur le Tacon, mais alors devenu d'un maigre revenu : "Le péage dû pour le pont de Tacon n'est pour rien, ici rière, attendu qu'il ne rend pas pour l'entretien dudit pont" [AD21, B 11022]. C'était néanmoins dire que les diligences venant de St-Germain-de-Joux par les côteaux passaient par là pour rejoindre les Fourches (patibulaires) à l'entrée de Châtillon. De nos jours, la route, bien plus rectiligne, délaisse ainsi les habitants de Tacon-le-bas dans la tranquillité de la vieille route.
Jadis Tacon fut très actif, avec ses moulins puis sa scierie, tout comme Trébillet. Il y eut une école durant au moins les années 1881 à 1954.
Les recensements de Châtillon témoignent de meuniers exerçant au premier site, le moulin d'amont (B1139) entre 1841 et 1851. Le plus souvent ces meuniers n'y restent pas longtemps, changeant à chaque nouveau recensement tous les 5 ans et venant d'ailleurs, sans être propriétaires des lieux. Ils ont pour nom Janin de Menthonex (74), Famy de Vouvray, et Favre de Peron. En 1851 François Vallet, originaire de Lalleyriat, y était déjà arrivé. Il y séjournera quelques temps, avec sa première épouse, puis la seconde, et leurs enfants, jusqu'au drame de 1868, un incendie ne laissant alors plus rien du moulin ni de sa maison.

L'incendie de 1868, on en connaît un récit par les notes météorologiques de Théodore Lacroix, greffier de la justice de paix à Châtillon et président de divers organismes, dont du comité météorologique du canton, au service du Préfet. Ce jour-là, 27 avril 1868, il note que le temps est nuageux le matin, mais qu'il ne pleut pas du tout le jour. A son habitude il commente le fait du jour : "Lundi 27, sur les 3h du soir, un incendie dont on ignore la cause mais auquel la malveillance paraît étrangère, a consumé en quelques heures les moulins, battoirs et batteuse à blé de Tacon, appartenant à M.M. Pichon de Bellegarde et (à la) Compagnie Générale de Genève. Les trois pompes de Châtillon, de Saint-Germain de Joux et de Montanges sont arrivées en toute hâte sur les lieux, mais à raison de l'éloignement, le feu ayant déjà pris de grandes proportions, il n'a pu être sauvé que fort peu de choses. Le Sieur Valet François, meunier et scieur, père de 5 enfants en bas âge, fermier non assuré, a perdu presque tout son mobilier et une grande quantité de plancher, ce qui le réduit à la misère. En présence d'une si grande infortune, la pitié et la charité publique ne pouvait pas rester indifférentes. Sur mon initiative, les officiers et sous-officiers de pompiers, ayant été réunis pour délibérer au sujet de la compagnie, il a été question du malheureux Valet, et spontanément il a été proposé une quête en sa faveur. De suite nous avons dressé une liste de souscription. M. Lacroix Jean huissier, lieutenant Ballivet, Alexandre sous-lieutenant, Bonneville Louis sergent major et moi capitaine avons souscrit chacun pour 10 francs, M.M. Juvanton sergent Fournier et Giet sergent, chacun pour 5 francs ; et M.M. Ballivet et Bonneville se sont chargés de faire la quête et de continuer les souscriptions, ce qu'ils ont de suite fait à Châtillon, Bellegarde, La Côte de Lancrans et Confort et Saint-Germain de Joux, et ailleurs. Cette quête a produit [sic]. Grâce à ce secours, le pauvre Valet sera bien soulagé et pourra peut-être se relever de son malheur, chacun le désire, c'est un brave garçon, un bon père de famille." [Arch. privées J. Levenq].
Comme on le remarque, François Vallet n'était alors que fermier. Les propriétaires nous sont connus pas le registre des propriétés : Joseph Barbier de Tacon vers 1832 ; puis Désiré Barbier, Anthelme Famy (l'exploitant), André Anselmoz et Jean-Baptiste Devaux, et enfin (vers 1862) MM. Pierre et Auguste Pichon de Bellegarde et la Société Anonyme des Mines et Carrières de Bellegarde.
Avec l'incendie cesse provisoirement l'imposition fiscale, mais dès 1872 sur la même parcelle est édifiée une construction neuve, une scierie, qui sera transmise en 1882 par la Société anonyme à un groupement composé de médecin, entrepreneur, industriel, eu autres privés (François Richard, à Chambéry) [Registre des propriétés, cases 21, 417 et 237]. Les recensements donnent alors François Vallet comme marchand de bois, de 1872 à 1896, puis son fils Eugène, scieur jusqu'en 1901.
Notons que des ruines de cette ancienne scierie subsistent, mais un peu plus en amont sur le Tacon que l'emplacement de l'ancien moulin, avec en particulier une tour carrée sans portes ni fenêtres, et qui a perdu sa toiture, mais qui est encore haute d'un étage, et qui conserve encore des éléments de machinerie en fer (voir ci-contre), et en particulier deux grandes roues dentées au sommet. Le petit bief est encore visible.
Le moulin d'aval (B1145), étonne par son emplacement, n'étant pas directement situé au bord de la rivière du Tacon, mais alimenté par un très long bief, et un autre encore plus long, pour aller rendre l'eau dans la Semine. Délaissé, il se situerait de nos jours devant l'entrée de l'usine voisine (SAMIN). Le bief d'arrivée existe toujours (et fut récemment transformé en échelle à poissons (truites). Signalons la probable maison d'habitation située en bordure de la Grande Route (B 1143/1144), qui brûla en partie vers 1880.
Le registre des propriétés de Châtillon, nous informe qu'à son ouverture (en 1834) ce moulin B 1145 (6 ouv.) était la propriété de François-Marie Moine (qui possédait aussi l'auberge de Trébillet). Après son décès il est transmis en 1835 vers Marc Crochet , puis en 1853 vers ses héritiers [Hélène Bornand son épouse et leurs enfants], puis en 1854 à Rossand notaire (gendre Crochet) [case 360]. A partir de 1875 les propriétaires défilent : François Clerc, Maître des postes de Bellegarde, puis en 1873 Claude Justin Seignemartin de la Voûte, puis Stouvenel médecin en Suisse, en 1890 Jean-Marie Poncet, boucher à St-Germain, et Joseph Coppel entrepreneur à Taninges, en 1894 Joseph Coppel et Xavier Vidome de Villars-sur-Rhône, en 1906 ce dernier seul, et enfin en 1910 François Richard, industriel à Chambéry [case 115]. Ce moulin est converti en maison en 1881, mais la parcelle voisine B 1146 voit une maison/moulin de 15 ouvertures (fiscales), de construction nouvelle édifiée en 1878 [case 227B].
Remerciements : Familles Musy et Kotlyar.
Publication : Ghislain Lancel.
Première publication le 29 octobre 2025. Dernière mise à jour de cette page, idem.