| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
De l'ancienne éphémère forteresse savoyarde de Méral (commune d'Eloise, Haute-Savoie), placée en bordure du Rhône non loin en aval du Pont de Grésin, il ne reste plus rien que la trace d'une tour et de quelques substructions, visibles par photos aériennes. On ne confondra pas la maison forte et le fort de Méral.

L'histoire de l'éphémère Fort de Méral, reprise ci-dessous, est évoquée par F. Burdeyron et H. Tossan, dans le tome 56 de la collection Histoire de la Semine (pages 25-26), tome spécifiquement consacré à Eloise au temps féodal (août 1981).
Le fort de Méral fut construit par décision du duc Emmanuel-Philibert de Savoie, à la fin de son règne (avant 1580), et fut détruit par ordre de Richelieu en 1630. Il se trouvait sur la terre de la seigneurie de Méral à 400 mètres de l'ancestrale maison forte.
En 1607, et en 1611, il y avait 4 soldats au fort.
Après l'achat de la seigneurie de Méral, le 25 janvier 1612, par Charles-Emmanuel de Perrucard, seigneur de Ballon, celui-ci est chargé de la garde du nouveau fort. Le trésorier général lui verse 576 florins par an pour payer la solde des soldats (à chacun 12 sols par mois) et pour pourvoir à leur entretien.
Le nombre de soldats passe à 10 et un sergent dans les années 1628 et 1629.
Cette petite garnison dépendait de la forteresse de Montmélian. Les dépenses pour Méral figurent en 1628 dans les "Comptes de guerre du château de Montmélian" [AD 73, Mi 26, rouleaux 2 à 4].
La garnison est portée à 50, avec un capitaine, lors de l'invasion de mai 1630 par les troupes françaises. Mais le Fort de Méral capitule le 29 mai 1630. Ainsi le capitaine Janna et ses hommes obtiennent de partir avec armes et bagages. Toutefois, Richelieu ordonne le démantèlement du fort, et il est rapidement rasé [Renseignements fournis à Mme Tossan par le général Humbert, responsable de la carte parue dans l'atlas C.N.R.S.].
1630. Le château de Méral, muni d'une garnison savoyarde, intervient dans le cadre de l'organisation défensive de la Savoie, lors des opérations du 13 mai au 5 juin 1630, pour des détachements venant d'Annecy (Atlas Historique du CNRS, Savoie, schéma 2 de la planche 31).
1668 (?) Plan sans date mentionnant le château démoli. Ce plan se trouve archivé dans un dossier comportant un acte de 1668.
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1730. Sur la mappe sarde d'Eloise, l'ancien fort de Méral se trouvait être la parcelle n° 1065 (un losange presque carré), incluse dans la grande parcelle 1029 (et touchant aux parcelles 1067-1068 de l'actuelle maison Tossan) [AD74, 1Cd293 (Eloise)]. Sur la tabelle, cette parcelle n'est plus désignée que comme étant un lieu de "broussailles" de 547 m², appartenant au seigneur de Ballon [Paul-François-Louis-Centaure Perrucard], et faisant partie du Mas "Bornerin". Signalons que la grande parcelle n° 1029 l'incluant en plus de ses 16 ha 93 ca est curieusement dite du Mas "Sur le Crêt", appartient néanmoins au même seigneur de Ballon [AD74, 1cd1364].

1907 (5 février). Le point trigonométrique n° 46 situé dans la parcelle n° 419 du plan cadastral semble signaler une ruine encore élevée de l'ancienne maison forte [AD74, 3P3/4351, feuille A3].

Hélène Tossan et le propriétaire des lieux, à l'instigation de Marius Fillion, ont fait réaliser quelques fouilles dans les années 1980. Le Général Amoretti, historien spécialiste des fortifications d'Emmanuel-Philibert Il, avait quant à lui effectué des recherches dans les archives de Turin (sans y trouver d'archives spécifiques de Méral). Il ressort des fouilles que le fort était un bâtiment de forme carrée avec une tour ronde à chaque angle, sur le modèle médiéval du "carré savoyard" initié par Pierre II de Savoie au cours de la seconde partie XIIIe siècle, comme il l'avait observé lors de ses différentes campagnes auprès du roi Henri III d'Angleterre (Voir Pierre II, et l'architecture militaire). Mais Cédric Mottier les fait eux-mêmes remonter au modèle français du château philippien (sous Philippe Auguste), abandonnant les tours carrées !
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Hélène Tossan.
Première publication le 13/12/17. Dernière mise à jour de cette page, le 14/12/17.