| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Au XVIIe siècle, les épidémies étaient encore fréquentes, et leur traitement sans rigueur médicale, la prière et la saignée étant le plus souvent censées éviter la mort. C'est ce qui rend étonnant un acte passé le 1er septembre 1630 au Grand-Abergement (au sud du Retord, Ain), pour la désinfection de 24 maisons et le traitement par la chaux de deux morts déjà inhumés, et ce, dans deux de ces maisons ! Pour cela le syndic et les habitants font appel à Maître Jean Viviand-Lagneau, "cureur, nettoyeur et parfumeur" du "mal contagieux", qui viendra de Lyon sous quinze jours.
On peut se demander quel est ce "mal contagieux". On pense évidemment d'abord à la peste. Le registre des sépultures des Neyrolles (Ain), atteste d'un nombre conséquent de morts attribuées à la peste entre le 18 juillet et le 5 août 1631, dont 10 personnes en la grange de Claude Maurier, "tous atteints de la peste". Dans le département voisin (Jura), on rapporte le décès du vicaire de Saint-Sauveur, mort de la peste en 1632. A Champfromier (Ain), on note un petit pic de mortalité en 1632 (17 décès), plus important en 1639 (31 décès). Notons cependant que d'autres maladies au « mal contagieux », firent aussi de grands ravages. Outre la peste, citons la lèpre et le choléra, mais aussi les grippes, diphtéries et dysenteries, et la tuberculose.
Le plateau de Retord (Ain) se situe entre le Bugey et le Valromey, prolongeant au sud le massif du Jura au-delà de la cluse de Nantua. Situé au sud de la A40, le Retord s'étend jusqu'aux anciennes communes du Grand et du Petit Abergement (actuelle commune du Haut-Valromey, depuis 2016).
"Le 1er septembre 1630, se sont établis :
Claude Charpy-Marin, syndic du Grand Abergement, assisté d'honnêtes Bernard Viviand-Tissot, Claude Viviand-Tissot, Henry Viviand-Tissot clerc, Henry Dellouly maréchal, ses conseillers, et encore d'honnêtes Pierre Dellouly clerc, Claude Mottay maître maréchal, Abraham et Amand Bellod frères, Amand Barbier tisserand, Jean et Henry Viviand-Cotton (?) frères, Denis Brunet-Jaquemoz, honnête Claude fils d'Humbert Giraud, George Brunet-Quatrion (?), Claude fils de Claude Brunet-Bergier, Francoys fils de feu Henry à Laymoz et Claude Charpy-Barbet, tous dudit Abergement d'une part,
et Maître Jean Viviand dit Lagneau, (maître ?) parfumeur, cureur et nettoyeur du mal contagieux, de Lion (Lyon), d'autre (part),
lesquels (…) font leur pâche du prix fait et autres conventions suivantes, à savoir (que ledit Viviand promet de) curer, nettoyer et parfumer à ses frais 24 maisons que ledit syndic ou autres lui indiqueront, lesquelles sont infectées du mal contagieux dans ledit Abergement ; dans deux desquelles maisons, il y a deux corps ensepulturés, lequel Maître sera tenu et promet lever la terre de dessus jusqu'au linge (?), après mettre de (la) chaux en pierre dessus pour lever l'infection (afin de) consumer lesdits corps pour lever tout danger [Renvoi : promettant icelle besogne, commencer dans 15 jours prochains venants, et icelle commencée la poursuivre …, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu qu'elle s'achève] ; (et les habitants promettent de payer audit Viviand) la somme de 300 livres, et (de) lui fournir aussi la chaux pour mettre sur lesdits corps ; (et ledit Viviand promet…), et promet aussi (de) nettoyer, curer et parfumer toutes et chacune les maisons qui se trouveront infectées rière la montagne et dîmerie dudit Abergement pendant sondit séjour audit lieu, (… cependant lesdits habitants ne seront tenus de lui fournir aucun vivre pour son entretien …)
Fait audit Abergement, proche la croix du milieu du village, présents Francoys Besson laboureur, et Benoit fils de Denis Brunet maçon (…)
[Signé] Janet (Claude Jeanet, notaire)".
Source : AD01, 3E 6690.
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Nicole Collet.
Première publication le 13 avril 2022. Dernière mise à jour de cette page, idem.