| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Personne n'imagine plus aujourd'hui qu'une scierie a fonctionné à Communal, hameau de Champfromier et, qui plus est, avec attestation par une ordonnance signée du roi Louis XVIII ! Il est vrai que la "scie", comme on disait à l'époque, avait été construite sans autorisation fin 1818, et qu'il fallut quatre années avant que les divers administrateurs ne changent d'avis, passant de la volonté de la faire démolir à un accueil favorable suivi de l’ordonnance royale du 21 août 1822.
Deux imprécisions obscurcissent toutefois un peu ce dossier, ce sont la petite incertitude sur la localisation de la scie et l'identification de son propriétaire, un Juilland. L'emplacement de cette scierie était à Communal, sur le Nant. Il n'y en a qu'un seul, c'est donc la Sandézanne (sinon un petit ruisseau s'y jetant). Mais plus précisément ? Les documents situent cette scierie au lieu-dit "Le Pré du Nant". Un tel microtoponyme n'est connu qu'en aval du vieux pont de Communal, mais la route actuelle en épingle à cet endroit du pont ne correspond pas du tout au plan de 1821 annexé au dossier, même si, dans l'Etat des section de 1833, on relève avec autant d'étonnement la présence d'une scierie sur la parcelle D 1322 (feuille D4), ayant aussi appartenu à un Juillant, un certain "François Juliand-Pilate"... L'endroit qui correspondrait le mieux serait au ruisseau des Sanges (une meule se trouve d'ailleurs encore dans le lit de ce ravin), à proximité de Montanges, mais sur le plan cité, l'eau coulerait à contre-sens... La seule possibilité restante, conforme au plan, avec un chemin croisant obliquement un ruisseau, est donc de situer cette scierie en aval de l'actuel gué sur la Sandézanne, dans la parcelle D 1645 (feuille D5 des plans Napoléoniens), alors dite "Le Champ du Nant" en 1833 (en contrebas de Pré-Grevet, sachant qu'un champ n'est pas un pré, mais l'un peut devenir l'autre...) Reste qu'à cet endroit il n'y avait plus de scierie en 1833, et l'on voit mal l'intérêt qu'auraient eu les habitants de Montanges à soutenir en cet endroit, le maintien de cette scierie construite sans autorisation pour leur bois venant de la montagne de Chalam !
L'homme un certain Jean Juilland, ou Juillard – les documents donnent les deux variantes –, savait signer. Il était propriétaire demeurant à Communal (il n'est dit qu'un fois demeurant à Châtillon-en-Michaille, probablement une confusion avec le chef-lieu de canton). En accord avec l'emplacement présumé, ce serait donc en fait Jean-Marie Juilland-Baron [CI-3653], un descendant de longue date d'occupants du Pré-Grevet voisin (mais qu'il soit probablement mort à Sous-les-Rochers)...

L'analyse des documents est intéressante à plusieurs titres, la première étant d'observer la versatilité de l'administration suivant la tendance donnée par le plus haut placé ! Dans ce contexte on découvrira l'attitude du maire, que l'on devine favorable à cette scierie mais qui, en 1819, doit faire appliquer l'ordre de destruction du Préfet... Enfin on retrouvera à la lecture des pièces de ce dossier toute la malice des gens du pays, toujours prompts à se placer sur un autre plan que celui sur lequel ils sont en faute (transformer le projet de scierie en moulin puis en battoir), un descriptif rudimentaire de scierie avec le vocabulaire de l'époque ("feuille en fer" pour lame de scie, billion pour grume, etc.), les usages du pays (le battoir servait également à écraser les noix) et l'implication des gens de Montanges, eux aussi en manque de scierie pour façonner leurs bois du Crêt de Chalam.
Il faut bien le dire, si cette scierie reste bien énigmatique, il y aurait pu y avoir une modification, pour un temps, de cette scierie en moulin. L'Etat des section de 1833 relève en effet à Communal un "François Juliand, dit le Blanc" [CI-2852 ?], surnom habituel des meuniers...
Propriétaire ; localisation ; description de la scierie ; projet de modification éventuelle en moulin. Papier pré-imprimé : Administration générale des Eaux et Forêts.
"Le 30 novembre 1818, Nous, Jean-Claude Marion, brigadier forestier (...), accompagné de Tavernié André [CI-3451] et de Etienne-Joseph Bornet [?], garde-forestier et garde-champêtre de la commune de Champfromié, y demeurant (... assermentés), arrivé à l’heure dit au lieu-dit Le Pré du Nant, territoire de Communal, hameau de la commune de Champfromié, propriété appartenant à Jean Julliand, domicilié au susdit hameau sur le lieu susnommé, nous avons reconnu que l’on avait commencé la construction d’une scie à eau dont le bâtiment étoit porté par 6 colonnes posées sur deux sablières, de 32 pieds de longueur, 8 poutres de vieux bois sapin ayant servi dans un vieux bâtiment sont posées sur les deux sablières, sur une largeur de 9 à 10 pieds, et une roue avec son ruet prêt à tourner, et la moitié du couvert du nord est fini. Cette construction jouxte du couchant le bief dit le nan de Communal, lequel ne peut faire mouvoir cette scie que dans la fonte des neiges ou par l’accroissement des eaux. A l’instant, seroit survenu le Sr Jean Julliand auquel nous avons demandé s’il avait l’autorisation de qui de droit pour vouloir construire ce moulin à scie, lequel nous a répondu qu’il avoit présenté une pétition à Monsieur le sous-inspecteur des Eaux et Forêts, qu’il n’avoit pas encore obtenu réponse. J’ai démontré à Jean Julliand que d’après la circulaire (...il y avait défense de construire sans autorisation). Ledit Julliand nous a répondu que s’il ne pouvait achever la construction de la scie, qu’il y établiroit un moulin, la distance de cette scie de la forêt la plus rapprochée seroit d’une lieue et demie [6,6 km environ] pour arriver à la forêt usagère de Champfromié ditte Au Feuillié Vielle. Nous avons déclaré procès-verbal à Jean Julliand de son entreprise, en l’interpellant de nous suivre, que nous nous retirions à Champfromié pour y rédiger le présent, qu’il eut à s’y rendre pour être présent à sa rédaction, en entendre lecture et le signer avec nous, à quoi il a obtempéré, à Champfromié, les jour, mois et l’an que ci-contre." [Signatures : juilliand ; Marion ; bornet ; Tavernier gf (garde-forestier)]. Signé au bas le lendemain par le maire (et des mêmes sauf Julliand), pour attestation.
Demande de démolition de la scierie, d'abord pour raison de manque d'autorisation et ensuite parce que deux scieries ont déjà été construites à Champfromier depuis la Révolution, lesquelles ont beaucoup contribué à la destruction des forêts de sapins de cette commune, et il en est de même pour toutes les autres forêts du Bugey !
Lettre datée du 31 décembre 1818, adressée à Monsieur le Préfet par M. Le Duc, Inspecteur des Forêts de l’Ain : « J’ai l’honneur de vous adresser un procès-verbal dressé le 30 novembre dernier [1818] par le Brigadier forestier du canton de Châtillon de Michaille, qui constate la construction d’un nouveau moulin à scie dans la commune de Champfromier par le nommé Jean Juilland, habitant de cette commune, sans l’autorisation du Gouvernement.
Le Sous-inspecteur des forêts de Nantua, en m’adressant ce procès-verbal, m’observe qu’il existe déjà sur le territoire de Champfromier deux scies construites depuis la Révolution, lesquelles ont beaucoup contribué à la destruction des forêts de sapins de cette commune ; qu’il est du plus grand intérêt, non seulement pour les bois de Champfromier mais pour toutes les forêts du Bugey, que des mesures soient prises pour réduire le nombre de ces usines (… et vous prie) Monsieur le Préfet de vouloir bien ordonner et faire opérer la démolition de la scierie dont il vient d’être parlé (…) »
Lettre (portant en archivage marginal la date du 14 janvier 1819) adressée par le Préfet au Sous-préfet, l'informant de son arrêté du 13 janvier 1819, portant la destruction de la scierie du "Sr Jean Juillard, habitant de Châtillon-sur-Michaille" et le priant de faire exécuter son ordonnance par le maire.
Le maire s'exécute en se rendant sur les lieux, mais son compte-rendu minimise les faits : les sapins sont petits, ou coupés depuis plus d'un an. Puis il accepte les explications concernant la conservation des écluse et roue pour construire un battoir, et qu'ainsi les habitant habitués à faire de l'huile et du cidre avec son pressoir, le seul du village, et qui devaient faire tourner la roue de la meule à la main bénéficieraient de l'énergie hydraulique ! De même les billions en attente n'appartiennent pas à des habitants de Champfromier, mais de Montanges...
« (...) nous, Maire de Champfromier, pour nous conformer aux ordres de Mr le Sous-préfet de Nantua, consignées en sa lettre du 27 février dernier, reçue hier à midi, qui nous enjoint de faire exécuter l’arrêté de M. le Préfet de l’Ain du 13 janvier dernier, qui ordonne la démolition de la scie construite illicitement sur cette commune par le Sr Julliand, nous nous sommes transportés au lieu-dit Pré du Nant, où est ladite scie, que nous n’avons point trouvé dans le même état qu’elle étoit lorsque nous lui notifiâmes l’arrêté précité ; il n’a rien été fait à l’écluse du dépui (?), elle étoit telle lors de la notification ; la scie, c'est-à-dire la feuille en fer, son montant, le chariot, le cran (?), enfin tous les agencements nécessaires au mouvement de ladite scie sont défaits ; une partie des débris sont enlevés, une partie est dressée et une partie est encore à côté de la place, enfin elle est hors d’état de travailler ; nous avons reconnu par la visite exacte que nous avons fait qu’il n’existe plus rien de ce que nous avions vu lors de la notification, que le couvert qui n’est pas entièrement achevé, la roue et l’écluse ; nous avons vu deux petits billions sapin parmi les débris de la scie et à côté un autre billion de sapin et un de noyer, plus dans le chemin au levant de la dite scie nous y avons vu dix billions de sapin déjà vieux et coupés depuis plus d’un an. Alors nous nous sommes adressés audit Julliard et lui avons enjoint d’achever de suite de démolir tout ce qui pourrait servir au mouvement de la scie qu’il avait construite illégalement, sinon j’allois y procéder d’office, à quoi il a répondu qu’il croyait avoir satisfait en entier à l’arrêté du 13 janvier dernier, qu’il avoit mis sa scie hors d’état de travailler, en brisant, démontant et défaisant tous les agencements nécessaires à son mouvement, comme on pouvait s’en convaincre en la voyant ;
qu’à la vérité il avoit cru pouvoir conserver l’écluse, la roue et le courant qui lui étoient nécessaire pour la construction d’un battoir et d’une chambre à côté, que depuis très longtemps il avait chez lui un pressoir qui est le seul dans son village pour faire l’huile et le cidre, que les particuliers étant obligés de tourner à bras la pierre qui écrasoit les fruits et les noyaux, il vouloit les faire piler dans ledit battoir par le secours de l’eau, qu’il ne connaissoit aucune loi qui s’opposât à son entreprise, que néanmoins si on lui faisoit connoitre le contraire, il étoit prêt d’obéir, comme il avoit fait pour la scie ;
de plus, nous lui avons demandé à qui appartenoient les billions près de l’emplacement de la scie et le long du chemin, il a répondu qu’ils appartenoient à des particuliers de Montanges, qui les y avoient entreposés avant qu’ils sussent que la démolition de son moulin à scie avoit été ordonné, qu’il ne pouvait pas lui-même les enlever, que les particuliers à qui ils appartenoient les mèneroient vers une autre scie quand ils pourroient (...) Signé Jean Juillard et Ducret maire, pour copie conforme, le Sous-préfet » [Signature et cachet de la préfecture de Nantua].
Nous seulement le seulement le Sr Julliand a continué ses travaux et achevé l'écluse, mais lors de la visite un billion était déjà entaillé par la scie !
Lettre de Leduc, Inspecteur des Forêts, au Préfet, en date du 13 mars 1819 : « Monsieur le Préfet, j’ai l’honneur de vous instruire que le Sr Jean Juillard de Champfromier, loin de se conformer à votre arrêté du 13 janvier dernier, a continué la construction de son édifice, et a achevé et élevé une écluse pour y faire arriver les eaux. Le brigadier forestier Marion a trouvé dans cette usine 12 billions de sapins dont un sur la scie qui était déjà entaillé. Cet individu annonce maintenant qu’il veut convertir sa scie en moulin à grains, mais il remettra clandestinement sa lame lorsqu’il présumera qu’il pourra le faire, sans être trouvé sur le fait. C’est ce qui m’engage à vous prier de faire opérer la destruction de cette usine le plus incessamment possible. Agréez (...) ».
Bien que fin 1818 le sieur Julliand affirmait qu'il avait adressé une demande de création de scierie et qu'il n'en avait pas encore la réponse, c'est en février/mars 1819 que les archives datent les premières démarches (après sa "pétition" du 29 janvier suivant un autre document), avec les publications et affiches. Timidement le maire prendra position en croyant que le scierie ne peut pas être nuisible...
Extrait des registres de délibération de Champfromier, du 20 mars 1819 : « (...) comme les publications et affiches voulues par la loi ont eut lieu les dimanches 28 février dernier et 7 mars courant mois, et qu’aucune réclamation, opposition ou observation au sujet dudit établissement n’a eu lieu jusqu’à présent (...), le conseil n’a rien à dire à ce sujet ». Signé et suivi du commentaire du maire : « Le maire de Champfromier croit que l’établissement projeté par Juilland ne peut pas être nuisible à la commune ». Une attestation du maire de Champfromier à la préfecture suivra, en date du 25 mars 1819, précisant que les annonces légales ont bien été faites en mairie et à l’issue d’une messe, sans aucune opposition.
Début avril, les communes voisines interviennent à leur tour, et même avec davantage de détermination. Le 5 avril 1819, les conseillers municipaux de Forens donnent un appui fort à la scierie et ce, en faveur de Montanges : « (...) déclarent à l’unanimité que ledit moulin établi par ledit Juillard est d’urgence et nécessité, particulièrement pour la commune de Montange ». Signé du maire de Forens.
Le Sieur Leduc, Inspecteur des Forêts est satisfait de signaler au Préfet que les matériels nécessaires à la scie ont été enlevés. Mais il ne peut s'empêcher de rajouter que ce n'était pas encore fait au 21 février.
Lettre de Leduc, Inspecteur des Forêts, au Préfet, en date du 5 avril 1819 : « Monsieur le Préfet, un procès-verbal dressé par le brigadier du canton de Châtillon-de-Michaille, à la date du 30 du mois dernier [30 mars 1819], et qui vient de me parvenir, me fait connaître que les lames, ustensiles et ferrements nécessaires à un moulin à scie étaient entièrement enlevés de celui qu’avait construit le Sr Julliand dans la commune de Champfromier, que dès lors l’arrêté par vous pris, Monsieur le Préfet, le 13 janvier dernier est définitivement exécuté ; mais que les agencements existaient encore dans leur presque totalité, lors de la visite faite par le brigadier le 21 février, avant le procès-verbal, dressé le 5 mars par Mr. le maire de Champfromier, que je m’empresse de vous renvoyer (...) »
Un an après avoir fait démonter les éléments productifs de la scierie, l'administration change d'avis. Le Sous-préfet présentent des pièces favorables au projet !
Lettre du Sous-préfet, en date de Nantua, le 29 février 1820 « Vu l’arrêté de Monsieur le Préfet de l’Ain du 13 janvier 1819 qui ordonne la démolition d’une scie construite sans autorisation (...), la pétition du Sr Juillard du 29 du même mois [29 janvier 1819] tendante à obtenir l’autorisation nécessaire (...), la demande du maire de Montange du 29 janvier qui réclame en faveur du Sr Juillard (...), considérant qu’il résulte des pièces susmentionnées que l’emplacement de la scie que veut construire le Sr Juillard pétitionnaire est éloigné des forêts communales d’environ 8 km [!], que cette usine sera très utile pour les habitants de la commune, qui ne sont pas à portée de pouvoir faire fabriquer les bois qu’ils retirent de leurs propriétés ou des communaux, attendu qu’il n’existe que deux scies qui ne travaillent que 4 à 5 mois de l’année, enfin que celle à établir ne pourra être en activité que pendant une partie de l’année et à l’époque des crues d’eau, (...) estime qu’il y a lieu d’autoriser la construction de la scie dont il s’agit (...) ». Dans sa présentation, il concluait : « Cette demande paraissant devoir être accueillie, je vous prie, Monsieur le Baron [sic], de bien vouloir la transmettre au Gouvernement, en sollicitant l’autorisation pour la construction de l’établissement projeté ».
Le sieur Leduc, qui était si opposé à cette scierie, change totalement d'avis, et se range à l'avis devenu général !
Lettre de Leduc, Inspecteur des forêts, au Préfet, datée de Bourg, le 22 avril (1820). « J’ai l’honneur de vous adresser mon avis (...) relativement à la réclamation du Sr Juilland ayant pour objet d’être autorisé à conserver une scie à eau qu’il a fait construire sans autorisation (...) L’avis de Mr le Sous-inspecteur, de Mr le Sous-Préfet et le mien sont favorables à cette réclamation dont les pièces à l’appui son ci-jointes (...) ». Puis il développe ses arguments : « Vu (...), 1°) que cette scierie se trouve à une distance de 7 à 8 km de la forêt communale la plus rapprochée, qu’ainsi elle ne peut servir et favoriser les délits ; 2) que la scie existant dans la commune de Montange ne peut servir à fabriquer les bois provenant des forêts de Montanges et de Champfromier, que cependant une partie desdits bois, et surtout ceux de la montagne élevée de Chalame appartenant à Montanges, sont de presque nulle valeur, attendu que le transport en grume dans la commune est très pénible ; 3°) qu’ils sont à une distance bien plus rapprochée de la scie construite par le Sr Juilland, bien qu’elle existe dans la commune de Champfromier, ce qui diminuerait de beaucoup la difficulté du transport et des frais qu’il en résulte, et qui augmenterait d’autant leur valeur, (...) estime qu’il y a lieu d’accorder au Sr Juilland l’autorisation qu’il sollicite ».
Lettre datée de Paris, le 9 avril 1821, par le Conseiller d’Etat, Directeur des Ponts et Chaussées et des Mines, très critique envers l’administration : « En examinant les pièces à l’appui de cet arrêté, j’ai remarqué qu’elles ne comprenaient ni plan, ni nivellement, ni rapport de l’Ingénieur, que ce même arrêté n’en fait aucune mention et qu’il ne désigne même pas le cours d’eau (...) ». Il demande ensuite qu'on lui fournisse ces précisions...
Rapport très favorable et plan (voir en haut de cette page) par Reydellet, Ingénieur de Ponts et Chaussée, en date de Nantua le 29 juillet 1821 : « (...) expose que le ruisseau du Nan, sur lequel est construite la scierie du pétitionnaire, n’est qu’un ravin à sec pendant plus de 8 mois de l’année, n’ayant de l’eau que pendant les orages et la fonte des neiges, qu’il est au pied d’une montagne fort escarpée dans un lit très encaissé, avec une pente fort raide de 5 m (?) sur 100 mètres de longueur, occupant moyennement un lit de 2 m de largeur sur 1,80 m de hauteur, dans les plus grandes eaux, toujours encaissées, du reste à sec le plus ordinairement ; qu’en amont et en aval de l’usine du Sr Juilland il n’existe aucun moulin et que la chute de 4,20 m qu’il s’est donnée au moyen d’un barrage en pierre sèche, ne peut faire le moindre mal aux propriétés riveraines, vu la pente et les berges élevées du ravin (...) estime que la demande (...) doit être accueillie favorablement, et que le pays manquant de scierie, le Sr Juilland rendra un vrai service, bien que son usine ne puisse marcher continuellement par le manque des eaux du ravin ».
Pour le plan joint, le nord devrait être vers la gauche. On y voit le ruisseau, plus exactement le ravin escarpé, lequel croise obliquement le "Chemin de la forêt", le barrage, l'écluse (non dénommée), la chute de 4,20 mètres et la scierie avec sa roue, perpendiculaires au ruisseau.
Les archives de l'Ain conservent une expédition de l'ordonnance royale (Louis XVIII) du 21 août 1822 : « Ordonnance du Roi. Louis [Louis XVIII], par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre (...) Le Sr Juilland est autorisé à conserver le moulin à scie qu’il a fait construire sur le ruisseau de Nan, dans la commune de Champfromier, département de l’Ain, au lieu-dit Pré du Nan (...) Donné en notre Château des Tuileries, le 21 août de l’an de grâce 1822, et de notre règne le 28e, signé Louis (...) ».
Il s'était écoulé presque quatre années avant que l'ensemble de l'Administration, probablement influencée par l'unanimité des soutiens des conseils municipaux de Champfromier et de deux communes voisines, ne passe de l'ordre de destruction de la scierie à sa reconnaissance royale ! Mais moins de deux siècles plus tard, aujourd'hui, on ne trouve plus aucune trace de cette ancienne scierie sur le terrain. Probablement même, n'a-t-elle existé que très peu de temps. Le propriétaire semble avoir déménagé, et le développement de la scierie du Pont d'Enfer à Champfromier, et d'autres scieries dans le canton, l'ouverture de routes permettant un transport plus facile, auront eu raison d'une scierie hydraulique perdue au fond d'un ravin et qui ne pouvait fonctionner que huit mois par an !
Publication et crédit photographique : Ghislain Lancel. Source documentaire : Les pièces sont l'un des deux dossiers de la cote AD01, 7S 189.
Première publication le 26 mars 2014. Dernière mise à jour de cette page, idem.