| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
François-Marie Ducret [Code d'Identité CI-4632 du fichier des naissances de Champfromier], fut le célèbre "Dr Ducret" de Nantua. Nicolas, son père, est le maire de Champfromier (1811-1830), un catholique convaincu (un fils aîné prêtre et deux filles célibataires membres du Rosaire) et un adepte inconditionnel de la royauté.
Sa vie en tant que célébrité a déjà été évoquée dans ce site. Citons aussi son évocation par l'abbé Genolin dans son ouvrage sur Champfromier, au chapitre de l'abbé Augier :
"Un jour le futur docteur Ducret, étudiant en médecine à Paris, vint pour se confesser. C'était la veille de la Toussaint et le jeune homme, passionné pour la chasse avait conservé sa veste de chasseur. Espérant que M. Augier (le prêtre) ne le reconnaîtrait pas dans l'obscurité, il attendit le soir pour aller à l'église. Mais le curé avait de bons yeux. Passant la main par la porte du confessionnal, il arrête le pénitent : « Tia na vesta, lui dit-il, poé po te bailli l'absolution (Voilà une veste, je ne puis te donner l'absolution) ». C'était pousser un peu loin le rigorisme. Le jeune homme n'en fut pas moins obligé d'aller revêtir une blouse, afin de se présenter dans la tenue réglementaire. Parvenu à l'âge de quatre-vingts ans, le bon docteur Ducret aimait encore à raconter ce souvenir de jeunesse, et en le faisant il riait de bon cœur.
Le docteur Ducret était fils de Nicolas Ducret, maire de Champfromier et de Josette Humbert, et père de l'abbé Ducret mort curé de Thoissey. Il eût de brillants succès au collège de Belley sous la direction du P. Chanel. Il aurait pu, après ses études de médecine, se fixer dans la capitale, où son talent lui eut assuré une situation exceptionnelle. Mais, modeste avant tout, il préféra venir exercer son art à Nantua où il passa la plus grande partie de sa carrière.
Habile et consciencieux, il accomplissait son devoir avec une discrétion scrupuleuse, avec une délicatesse, une patience (et) une charité qui excitaient l'admiration de tous, et lui attiraient l'estime et la confiance des familles. (Citons) un travail inédit de cet enfant de Champfromier, travail très remarquable sur la circulation du sang, (qui) est une preuve de sa science.
Mais à la science il joignait la piété la plus vive. Chaque matin il assistait à la messe, et le soir il faisait sa visite au Saint Sacrement, puisant dans sa foi la provision du dévouement dont il avait besoin pour soulager les souffrances humaines. Dans les dernières années, quand il se fut retiré à Champfromier, dans sa grande maison près de l'église, c'était un spectacle admirable de voir ce savant si modeste, entouré d'une troupe de paysans ses compatriotes venant lui demander la guérison de leurs infirmités. Ils s'en retournaient avec le remède qui guérit, et la parole qui console.
Il mourut le 16 avril 1906, âgé, de 92 ans. Ce jour-là fut un jour de deuil pour les Champfromérands qui lui firent, à ses funérailles, un cortège triomphal" [Genolin, Histoire de Champfromier p. 152].
Voici quelques compléments sur son affectation, tirés d'une lettre, ponctuée d'une longue citation en latin, que son père rédige le 5 avril 1847 à l'intention de M. Burgat, principal du collège de Nantua. Par celle-ci, il le remercie d'abord pour un mandat que sa fille a pu toucher. Mais il le sollicite surtout pour son fils, médecin à Paris, qu'il voudrait bien voir se rapprocher de lui et de sa famille, et qui vient enfin de se résoudre à cette idée. Il est vrai qu'à Paris, si l'on gagne deux fois plus qu'en campagne, l'on y dépense aussi le quadruple... Les vues du père pour son fils cadet sont de s'établir à Nantua, sinon à Ambérieux ou à Bellegarde. Mais il ignore la concurrence à Nantua et il sollicite pour ses conseils le principal de cette ville... Puis il rappelle son passé : 14 ans d'études et beaucoup de pratique, 2 ans d'études à la maternité pour les accouchements, 4 ans d'internat dans différents hospices de Paris (St-Louis, Lourcine, la Salpêtrière, etc.) en étant toujours estimé par ses chefs, et à son compte depuis 2 ou 3 ans, avec une clientèle toujours croissante, mais qui est peu fortunée et qui ne paie pas bien...
Compléments : Nécrologie dans L'Avenir Régional, du 20/04/1906.
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Michel Blanc (Document privé).
Première publication, le 2 novembre 2022. Dernière mise à jour de cette page, idem.