Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

La confrérie du Saint Rosaire de Champfromier

 

On comptait plusieurs confréries religieuses à Champfromier. Celle du Saint-Rosaire, est la plus ancienne, attestée depuis 1605, et c'est celle qui eut la plus longue existence, s'étant maintenue jusqu'au milieu du XXe siècle. C'était une confrérie de femmes à laquelle ne s'adjoignaient que de rares hommes, probablement admis pour compléter la chorale. On sait qu'ils avaient leur chapelle dans la nef, en 1702 [AD74, 1G122, f° 338v].

Voir autres confréries [Prochainement].

Confrérie (de femmes) du St-Rosaire (1605-milieu du XXe siècle)

Cette confrérie est la plus ancienne attestée à Champfromier. La visite pastorale de 1605 mentionne que la chapelle de Notre-Dame est occupée par la confrérie du Rosaire, et est entretenue par la paroisse. En 1651 cette confrérie est à nouveau signalée dans la visite pastorale, cette fois avec celle du St-Sacrement, le St-Rosaire ayant alors une chapelle dans la nef. Elle devait fournir le luminaire (ensemble constituant l'éclairage et la décoration lumineuse d'une église) requis pour la célébration de leur office et était tenue à faire l'anniversaire de leurs confrères défunts [Histoire de Champfromier, p. 57 et 71].

Les statuts du Rosaire vers 1700 ne sont connus qu'indirectement par les notes consignées dans les registres paroissiaux de Giron. On y relève la présence d'hommes et de femmes, dits frères et sœurs, mais seulement de gens de probité et de bon exemple, ayant un recteur à leur tête (le curé). Les autres fonctions sont réparties entre un sacristain (qui a la charge d'entretenir les habits et ornements, de fournir le luminaire, de sonner les cloches et d'écrire la liste des membres), deux conseillers, un trésorier, ainsi que des porteurs de croix, de clochettes, et autres responsabilités. Les offices privilégiés sont ceux des premiers dimanches de chaque mois et des fêtes de Notre-Dame. La confrérie dispose de son autel et est partiellement responsable du luminaire de l'église. Les officiers marchent devant le prêtre. Tous les membres, frères et sœurs sont tenus d'assister à l'enterrement de leurs défunts, les sœurs habillées d'un voile, leur rosaire à la main, l'une des sœurs portant devant le crucifix sous un voile blanc, celle-ci encadrée par deux autres sœurs portant un cierge allumé, aucun des membres ne chantant durant la procession [Web, Giron, NMD 1693-1700, p. 1d ; 1694-1700, p. 1g et 1700, p. 1].

Pour Champfromier, les testaments de cette époque attestent de familles attachées à cette confrérie : testament d’Amie Jenolin-Pochy, femme de Benoist Piliard demeurant "ez Vuax", 3 livres (pour les réparations) en 1681 [3E 17441] ; testament d’honorable Marie Devaux, 3 livres en 1697 [3E 3890] ; Pierre-Antoine Pilliard et Benoiste Poncet, mariés, d’Esvuaz, chacun 3 livres (pour être employé aux réparations les plus nécessaires des deux confréries du St-Sacrement et du St-Rosaire) en 1698 [3E 3891] ; deux livres pour les réparations des confréries du St-Sacrement et du St-Rosaire érigées en ladite église de Champfromier (Donation, à la suite d'un décès, faite par Guillaumaz-Françoise Maurier-Bourguignon) en 1699 [3E 3891] ; testament mutuel de Jean Cartier et d’Estiennette Tornier, mariés de Champfromier, deux livres, en 1709 [3E 3895] ; testament mutuel de Jean Tavernier-Tornier et Claudaz Marion en 1711 [3E3896 (f° 27 de 1711)], etc.

Il est probable que la démolition totale de l'église de Champfromier, suite aux ravages de la Révolution, explique en partie le peu d'archives conservées à la cure pour les temps antérieurs. La consécration de la nouvelle église le 3 octobre 1827, coïncide avec une reprise des traditions religieuses, et la tenue de nouveaux cahiers, qui eux nous sont parvenus, en particulier celui des confréries.

Le Rosaire en 1775, bien en place avant la Révolution

C'est par suite de la pénurie de papier après la Révolution, que l'on trouve au dos d'un acte de baptême rédigé par un prêtre réfractaire en 1795, quelques données sur le bureau du Rosaire (même si ce mot manque, seule la moitié gauche de la feuille ayant été conservée), pour l'année 1775. On y relève déjà une très forte participation de femmes Humbert et la mention du Chatey, nom et lieu qui seront symboliques des actions des prêtres réfractaires durant cette après-Révolution.

A travers la moitié de feuille conservée, on relève : "Le 1er octobre 1775, du bureau de la confrérie du [sic (St-Rosaire)], ayant comme Supérieure Marie-Ducré-Chevron [1038], femme de [sic (Jean-Baptiste Tournier)] du Chatey. Puis viennent Marie-Anne Julliand [1302], veuve B [sic (Bornet ?)], Marie-Louise Humbert [2053], Marie Humbert [2196], Marie Tournier femme de Claude [sic]. Quêteuse : Marie Ballet [Montanges], femme de François [sic (Bornet)]. Quêteuse [Seconde mention] : Marie-Anne Tournier, Aimée Julliand femme de Jean-François [sic]. Infirmière : Marguerite Rey veuve Laude? [sic], Marie-Anne Julliand, [sic], Marie Tavernier, Marie [sic] Follots." [Cure, Réfractaires 117 (archivage erroné, mais baptême au verso)].

Le St-Rosaire, en 1827

Le 4 août 1827 (deux mois avant la consécration de la nouvelle église), le dimanche après les vêpres, Jean-François Augier, curé de la paroisse de Champfromier, ayant réuni au presbytère la plupart des associés du St-Rosaire, forme le conseil de cette confrérie et ils nomment :
"Pour prieure ou mère, Jeanne-Françoise [3484 (célibataire)] Juilland, dit Cardinat ;
Pour assistantes, Pélagie Tavernier [3292 (Religieuse)] et Marie Juilland-Cardinat [?] ;
Pour trésorière, Jeanne-Marie Ducret [4421 (célibataire)], fille du maire ;
Pour sacristaines, Marie-Josephte [?] Duraffourd et Anthelmette Famy [?] ;
Pour secrétaire, Marie Ducret-Besson [?] ;
Pour conseillères, Marie-Josephte Michy-Charrière [?], Marie-Françoise Juilland-Tatra [?] (et) Julienne Tavernier [laquelle ?] dit Maréchal, et porte-croix, et Julienne Marquis [(01) Montanges] de Laulaz [barré : Anne Juilland (Qui ?) de la Frache, femme du jeune Cavalier] ;
Pour choristes, Marie Ducret-Besson [?], Marguerite Ducret-Besson [?], Jeanne-Marie Ducret [4421] du maire (et) Jeanne-Françoise Ducret [4284 (célibataire, fille de père inconnu)] fille d’Albine ;
Porte-bannière, Marie-Josephte Duraffourd [3800] et Agathe Tournier-Grosjean [laquelle ?] ;
Infirmières, Marguerite Couderier-Décru [4029 (célibataire)], Marie Juilland-Claudon [?], Françoise Ducret [?] des Mermettes, Jeanne-Françoise Nicollet [?] meunière, Françoise Débuisson [(01) Billiat], Anne Juilland-Cardinat [?] et Marie-Josephte Tournier [?] sa cousine, Marguerite Tournier [3498 (si la célibataire)] (de) Sous-Balme."

On remarquera qu'il n'y a plus aucun homme, et que plusieurs des dirigeantes sont des célibataires. L'une est religieuse, une autre est une fille du maire, qui œuvra toute sa vie pour la restauration de l'église et de la royauté. La surprise vient de la présence de huit femmes, dites infirmières !

Le rosaire en 1836, 1848 et 1859

Le bureau de cette confrérie sera renouvelé à plusieurs reprises dans les décennies suivantes (et le lecteur recherchant la composition complète se reportera au cahier archivé). En 1836, neuf années après le précédent bureau, Me François-Daniel Bourlot étant prêtre depuis quatre années, nomme le nouveau bureau. Mais il n'y a aucun changement dans les prieure, assistantes et trésorière (sauf Marie-Joseph Tournier qui vient assister Jeanne Tournier comme trésorière. Le renouvellement concerne essentiellement les choristes, les infirmières étant "les mêmes que ci-devant" (inchangées). Une nouvelle fonction est celle "Pour réciter le rosaire", composée de quatre personnes.

En 1848 (douze années plus tard, le curé étant Jean-François Robert depuis 1838), le bureau voit un total renouvellement de sa direction, avec plusieurs femmes venant de Sous-Balme : "Prieure : Anthelmette Ducret ; Assistantes  : Marguerite Tournier S.B. [Sous-Balme] (et) Josephte Couttier-Rey ; Secrétaire  : Marie Tournier S.B. ; Trésorières  : Marguerite Tournier S.B. (et) Geneviève Durafour ; Pour réciter le rosaire : Anthelmette Ducret, Marie Tournier S.B., Jeanne-Françoise Ducret, Françoise Truche". Les infirmières sont toujours présentes, dont " Marie-Josephte Tournier (4358), sage-femme" (barrée de la liste, décédée en 1859).

Le 7 août 1859, sous le ministère de Hélie-François Perrier, nouveau curé de Champfromier arrivé en juillet, le bureau du St-Rosaire est renouvelé mais avec les mêmes noms qu'en 1848 pour les prieure, assistantes, secrétaire et trésorières.

Le cahier des confréries, outre les compositions des bureaux, alterne avec des listes de membres. Pour le Saint-Rosaire, on relève ainsi un totale de 885 noms de personnes inscrites (ou réinscrites) entre 1827 et 1859, les dates n'étant souvent qu'estimées par comparaison des écritures de chacun des curés concernés et emplacement dans le cahier. Seuls quelques hommes font partie de cette liste de "sœurs", probablement comme chantres en complément des choristes. En général le jour où la personne "dira son rosaire" est spécifiée. Souvent le surnom de famille ou le lieu-dit d'habitation sont indiqués, ou encore un caractère distinctif (fille du maire, aveugle, boiteuse, religieuse, etc.), mais il reste difficile d'identifier avec certitude les personnes tant les prénoms sont peu différentiés... Des noms sont parfois barrés, suite à un probable décès. En 1859, les membres sont regroupés, souvent par hameau, en 10 listes de quinze femmes, dont chaque première est une zélatrice (personne chargée de stimuler les autres membres du groupe). Des sommes d'argent (cotisations) sont portées au crayon.

Le rosaire en 1880

La Confrérie du St-Rosaire fut agrégée à l’Apostolat de la Prière, Ligue du Cœur de Jésus, le 16 du mois de juillet 1880.

Les derniers temps du Rosaire

Hélène Chevron fut membre du St-Rosaire, dès l'âge de 16 ans environ (juste après-guerre). Si une mère était membre, naturellement elle amenait avec elle toutes ses filles. La cotisation était très faible. De son temps, il n'y eut jamais aucun homme, et elle n'a jamais entendu parler d'infirmières !

Les prières du rosaire à l'église duraient tous le mois d'octobre. Dans la journée du Jeudi-Saint, il fallait se relayer en permanence auprès du reposoir placé allée St-Martin (en face de la Chapelle du même nom, à droite en entrant dans l'église), et ce, tant que l'édifice restait ouvert, très tard !

Lors des décès dans la paroisse, un membre de Rosaire devait se rendre dans la maison du mort, pour y réciter un chapelet. Hélène portait la croix en tête du cortège se rendant au cimetière, en rechignant un peu....

La dernière responsable fut Antoinette Mathieu, de Chézery, épouse de Raymond Tournier, oncle de Fifi Ducret-Nance, jusque vers 1954/55. La précédente était Eugénie Tournier, une célibataire. Avant c'était probablement Lisa Ducret-Mermettes, également célibataire.

 

Sources : Archives de la cure de Champfromier déposées au diocèse, cahier des confréries. Publication : Ghislain Lancel. Crédits photographiques :

Première parution le 23 mars 2022. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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