| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Champfromier s'honora jadis d'un Maître chirurgien, en la personne de François Famy, fils de Sieur Guillaume, bourgeois de Chézery, et Dlle Françoise Rollet. Son titre apparaît souvent dans une tâche subalterne de sa fonction, la moins agréable, celle d'être témoin aux testaments de ses patients...
En 1730 on trouve déjà la présence de Sr François Famy [9439], Maître chirurgien, témoin signant "fr famy present" à un testament [3E17459, Testament de François, fils d’Estienne Tornier (n° 36, du 5 décembre 1730)].
Mais précédemment, un Martin Ducret-Chevron [538] avait été malade durant une année et demie, et son frère aîné en avait payé les frais. En 1730, apparemment guéri, ledit Martin fait rédiger une obligation en remerciement à son frère, pour les frais très élevés, 130 livres (au moins la valeur de 4 vaches !). Pour nous, l'intérêt se trouve dans l'un des motifs de l'obligation, celui des achats de remèdes en Suisse : "et c’est pour somme de 130 livres que ledit Joseph a payé et employé en dépenses pour la nourriture et entretien dudit confessant qu’il lui a fourni pendant une année et demie qu’il a été malade, et pour les remèdes et médicaments que ledit créancier a payé au Sieur Famy chirurgien, et pour ses vacations pour l’avoir traité pendant sadite maladie, que pour autres remèdes et drogues pris et achetés à Genève, et pour les remèdes pris du médecin de Fonay [Fionnay ? (225 km !)] en Suisse" [3 E17445a, f° 62].
Un an plus tôt, c'était Aymée Tornier [9709], veuve de feu François Soignet-Martin, qui empruntait 60 livres, "et c’est pour pareille somme que ledit Truchet [Etienne Truche, son beau-fils] a payé, tant pour les frais de la maladie de ladite confessante qui est malade depuis la fête de St-Michel dernier que pour l’avoir nourrie et entretenue pendant sadite maladie, et pour les médicaments que le Sieur Famy, Me chirurgien, lui a fourni pendant sadite maladie, que pour ses vacations pour l’avoir traitée pendant icelle maladie". [3E17444, f° 181 (15 mai 1729)]. Apparemment elle semblait guérie de son affection (ou blessure ?). En tous cas, elle décèda en 1770, âgée dit-on de 94 ans, soit bien après son chirurgien, décédé en 1746, âgé de 45 ans !
En 1741, le même, Maître chirurgien, est témoin au testament d'Etienne Coudurier, décédé 3 jours plus tard, "d'une certaine maladie corporelle", néanmoins disposant naturellement encore "de tous ses sens et mémoire" au moment où il dicta son testament [3E17461, Testament 177 (26 novembre 1741)]. On retrouve le Sieur Famy comme témoin au testament de Martin Tavernier-Perret, maçon en 1737 (décédé, peut-être de contagion, après avoir été lui-même témoin à un testament suivi du décès quelques jours auparavant) [3E17460, Testament n° 133 (dit du 21 juillet 1737)]. Le Me chirurgien Famy est encore témoin de Claude-François Tournier maréchal de Champfromier, en 1742, étant détenu malade d’une certaine maladie corporelle depuis 7 jours, mais là, il y survivra [3E17461, Testament 184 (6 mars 1742)], et témoin encore au testament du notable Aymé Tavernier (le tanneur) en 1745 [3E17461, Testament n° 213 (16 octobre 1745)].
Le sieur Famy semble avoir eu de la concurrence, à moins que, par exemple, de fortes neige soient la raison pour certains de faire appel à un autre chirurgien. En 1743, le testament de Joseph Tavernier [243], simple journalier demeurant aux Iles (dernier lieu-dit de Champfromier avant Chézery), malade depuis Pâques, mentionne que deux de ses fils "seront chargés de payer au Sr Rostand chirurgien (de Chézery ?) les médicaments et les peines et voyages qu’il a fait pour lui" [3E17461, Acte 198 (13 décembre 1743)].
Et comment se faisait-on soigner avant l'arrivée de la famille Famy à Champfromier ? C'est simple, on faisait venir un chirurgien ou un médecin d'ailleurs ! Ainsi en est-il de Marion (présumé de Marnod, à Giron), dont on espère qu'il était meilleur pour soigner qu'en orthographe ! "Je soussigné, avoir eu et reçu de Claude-Enrhy [(Claud’Henry) CI-212] Ducre de Meunetier [Monnetier], quatre livres et six sols pour avoir p… Enthienne [(Etienne) CI-295] Ducre son frère d’une colique venteuse ? et ce, des propres deniers dudit Claude-Enrhy Ducre. Fait à Meuninite ? [Monnetier], 1709 [Signature : Marion]. [Archives de la cure de Champfromier, notaires, f° 198 (1709)]. L'acte étant de 1709, il semble avoir attendu longtemps avant d'être payé, car son patient semble décédé fin août 1705 (et avoir eu un enfant posthume en 1706) !
D'autres chirurgiens sont connus. En 1782, Benoît Julliant [1701] "atteint d’une maladie languissante depuis près d’une année, sans qu’il ait pu travailler ni vaquer à ses ouvrages, en est conduit à un état de misère et c’est pourquoi il vend" sa maison et ses parts d'héritages à deux neveux, moyennant 1660 livres, dont 560 livres de dettes, et en particulier à "Sr Claude-Antoine Poncet Me chirurgien à Belleydoux pour 120 livres en médicaments et voyages" [ 3 E14311, f° 5719v].
Publication Ghislain Lancel.
Première publication, le 8 octobre 2014. Dernière mise à jour de cette page, le 11 mars 2015 .