Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Houille et lignite à Champfromier

 

Durant plus d'un demi-siècle on fonda de grands espoirs sur la présence de houille dans le sous-sol de Champfromier. Si les résultats furent décevants, ces recherches, ces puits, ont néanmoins considérablement amélioré la connaissance géologique du sous-sol du lieu.

Dans l'introduction de l'ouvrage sur Champfromier par l'abbé Genolin (pp. XII et XIII), publié en 1918, le chanoine Tournier évoque "des essais de sondages faits à différentes époques à Champfromier, pour les recherches de la houille."

"Dans la première moitié du siècle dernier [1800-1850], une mission scientifique, composée d'ingénieurs chargés de parcourir la France (...), fit exécuter un sondage au Moulin dernier. D'après le dire des ouvriers qui travaillèrent au forage de ce puits, on atteignit 60 pieds de profondeur [environ 20 mètres] ; on récolta une pleine assiette de fragments de houille, qui furent envoyés à Paris. Etait-ce vraiment de la houille ? Non ! on avait rencontré des fragments de lignite ou de bois imparfaitement transformés en houille dans certains calcaires fissurés ou marneux, comme on en rencontre parfois à toutes les profondeurs." [Voir, probablement ci-dessous, en 1825].

"Un autre puits fut creusé dans le ravin des Sanges [à la limite de Montanges], par le cantonnier Jean-Louis Ducret [Recensé tailleur de pierre en 1851, cantonnier de 1861 à 1872], pour le compte de Mme Dérigny, avant la guerre de 1870. Il fut foré dans les marnes noires de l'Infra-Lias, qui sont peu consistantes de leur nature et peuvent donner, à ceux qui ignorent la géologie, l'illusion qu'on est en présence de schistes houillers. A quelle profondeur le forage fut-il poussé ? Nous ne le savons pas. Mais, un beau jour, les marnes s'éboulèrent et comblèrent le puits, ensevelissant sous leurs décombres les outils de l'ouvrier."

Une concession pour exploiter "la houille", en 1825

En 1825, le Journal de l'Ain (éditions des 26 février et 26 mars 1825) publiait la demande de concession (pour informer ceux souhaitant éventuellement s'y opposer) formulée par le baron Laguette de Mornay et ses associés, publiée par le préfet (Bourg, le premier février 1825). La zone concernée (confuse de nos jours) est dite délimitée à l'ouest depuis le "bâtiment de la Scie, dit (à) Communal" jusqu'aux Abrans, et se prolongeant au nord jusqu'à une maison dite "Vasselo", à l'est jusqu'au nant de Fossa (maison "Luclasie") et sa jonction avec la Valserine, puis le Pont d'Enfer (le "Nant Dalievre"), et la Scie de Communal. Cette zone couvre 14 km² et 90 hectares.

houille Champfromier

Les registres municipaux conservent effectivement la trace de ce projet d'exploitation : "... lecture faite de la demande en concession de mine de houille située à Champfromier, par les Srs Baron Eugène Laguete de Mornay et autres y dénommés, et signée à Bourg par Mr Rognat préfet de l'Ain, le premier février dernier, et il est dit dans le dernier alinéa que les demandeurs offrent de payer une rente annuelle de 10 centimes par hectare de l'étendue des terres situées dans l'enceinte de ladite concession". Le conseil municipal, agissant dans l'intérêt de la commune, répond qu'il n'accepte pas cette offre, qu'il ne veut point de rétribution pour les terres et bois appartenant à la commune, mais qu'il lui soit accordé tout ce que la loi exige. Signé Ducrest, maire [Nicolas Ducrest (le royaliste)] [RD 8, f° 15v (3 mai 1825)].

Bilan en 1855

Auguste Arène, dans l'Abeille du 5 février 1855 (page 1), dresse un bilan de l'industrie minière dans le Bugey. Il rappelle une mine de charbon de terre, signalée il y a une vingtaine d'années [Lire : 30 ans (mai 1825)]. Les actionnaires étaient nombreux et remplis d'espoir (MM. le baron Laguette de Mornay [Général et baron d'Empire, sous Napoléon, mort à Volognat en 1845], les avocats Bonnet et Béatrix, le médecin Baudin père, Jacques Meinier négociant, les deux Velat, l'architecte Pierre Carrier et autres. Une sonde artésienne fut amenée pour un sondage, mais elle se brisa, et le projet fut abandonné !

Houille

 

Précisons que ce revers pour le baron Jules Frédéric Auguste Amédée Laguette-Mornay, avait été suivi d'un désagrément de plus grande ampleur. Député, ayant demandé la suppression des taxes d'entrée sur les fers et les houilles, et autres sujets, aucune de ses propositions n'avait été votée. Mécontent du gouvernement, il donna sa démission de député, et fut remplacé le 8 juin 1833.

Charbon de terre, en 1867

Les fouilles de 1825 succédant à celle de 1804, sont reprises en 1867, par une veuve Passerat, qui engage de gros moyens : quatre ouvriers des usines du Creuzot [L'Abeille, du 17/11/1867].

Houille

On croyait en rester là, mais non, voilà qu'un curé féru de géologie comme le sera bientôt notre chanoine Tournier, affirme l'existence d'une couche de houille où celle de Champfromier vient d'être découverte ! [L'Abeille du 07/02/1869, p. 2]

Couche de houille

Peu après l'hebdomadaire dévoile enfin ses sources impubliables depuis 3 ans ! La géologie progresse : les mines de plâtre de Montanges sont de l'étage géologique Triasique. La houille de la zone du puits de Champfromier sert difficilement de combustible et, friable, son extraction nécessiterait un coffrage. La couche houillère trouvée dans le puits creusé près "de roches saillantes, ou sommet du versant", se retrouve "sous le grand rocher près du ruisseau d'Enfer, et au confluent de ce ruisseau avec la Valserine". En continuant à creuser ce puits, il aurait été trouvé les plâtres et enfin du sel gemme [L'Abeille du 11/02/1872, p. 2]

Houille

 

 

Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Michel Blanc ; Dominique Erster.

Première publication de cette page, le 22 mai 2019. Dernière mise à jour, idem.

 

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