| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Grossièrement la forme du domaine de Chalam appartenant à la communauté de Montanges est celle d'un losange. Le côté nord-ouest fut délimité en 1733 d'avec le Sr Demermety, y possédant alors une autre vaste montagne (pâturage d'altitude), la Grange du Berbois. La limite nord-ouest se trouvait entre les parcelles A66 et A72 des plans napoléoniens en 1833 (feuille A2). Mais pour faire simple on peut dire que cette limite de l'immense domaine accordé au Montangers (175 hectares environ)ne se trouve généralement qu'à quelques mètres à l'ouest de l'actuel GR9, entre la Borne au Lion et le Bief Brun. Le promeneur à la recherche du passé pourra s'y engager et peut-être retrouver la trace, non des "limites" (probables pieux en bois) mais de trois croix alors portées sur des rochers et servant de délimitation... Près de trois siècle après, la lecture de l'acte notarié nous fera retrouver des noms de combes oubliées (Combe au Cler, Combe Grillu, Combe Froide et autre Feuillé à Ranquin). Et si vous voulez rêver, imaginez-vous, le 15 juin 1733, croisant en ces lieux les notables locaux de l'époque, Me Jean-Claude Brunet, avocat en Parlement, seigneur des maisons fortes d’Oyonnaz et de Marchon, sindic général du tiers état de la province de Bugey, juge des terres de Dortand et d’Arbent, Me Claude Demermety, avocat en Parlement résidant à Dijon, son beau-frère, et autres Me Maurier, notaire de Montanges...
N'ont été supprimées que les parties techniques. La ponctuaction a été reconstituée, en espérant ne pas avoir introduit de contresens. Sauf les noms propres, les mots sont actualisés.
[f° 169] Le 16 juin 1733, s’est constitué Me Jean-Claude Brunet, avocat en Parlement, seigneur des maisons fortes d’Oyonnaz et de Marchon, sindic général du tiers état de la province de Beugey, juge des terres de Dortand et d’Albent [Arbent], fondé de procuration générale de Me Claude Demermety, avocat en Parlement résidant à Dijon, son beau-frère [renvoi : et avec lui Me Joseph Demermety, avocat en parlement, fils dudit Me Claude Demermety] d’une part, et Estienne Berrot dit Lavaleur et Joseph Rey-Grobellet, sindics modernes de la paroisse de Montange, et avec eux Sr Joseph Delaville, Sr François Ballet, Claude Devaux et Jean-Claude Maurier b ..., et Henry Jacquinod, conseillers de ladite commune de Montange, honnêtes (...), d’autre part, lesquels (...) ont été nommés et députés par délibération générale de ladite communauté du 7 du présent mois, pour se transporter [f° 170] dans la Montagne de Chalam appartenant à ladite communauté et en reconnaître les confins et la délimiter avec tous les voisins aboutissants à icelle, lesquels n’ayant pu se transporter le 11 du présent mois tant à cause du mauvais temps que du fait que le sieur Brunet ne pouvait venir avant le 14, jour auquel [14 juin 1733] tous les sus nommés s’étant rendu en ladite montagne, et ayant parcouru les confins, tant du midi [repris le lendemain, acte suivant] que du soir, ils reconnurent qu’il n’y avait point d’usurpation dans les confins de ladite montagne de ces côtés là.
Et ayant le jour d’hier [15 juin 1733], parcouru ladite montagne du soir au matin et à bise, entre icelle et celle dudit Sr de Mermety, ils reconnurent du côté de la bise, que les bois (et) arpages de ladite montagne et grange de Chalam vont jusqu’à la limite qui faisait la séparation de la France et de l’Espagne, laquelle fait actuellement la séparation de la France avec la Savoie, lesquels héritages vont du matin au soir, jusqu’à une limite qui fut plantée le jour d’hier [sic], entre celle ci-dessus énoncée [Borne au Lion (?)] et une autre encore armoriée des armes de France [borne du Berbois], qui tire à contre la Grange du Berbois, ladite limite plantée le jour d’hier [à droite du début du GR8 (?)] près du Chemin des Croix, sous une pesse dont l’écu armorié de deux chevrons brisés, regarde la maison du Berbois, faisant l’angle de (la) séparation du territoire appartenant à la communauté de [f° 171] Montange de celui appartenant audit Sr Demermety en tirant droit au vent par les anciennes clôtures et barrières ;

dès [de là,] et à la distance de 300 pas, toujours tirant droit au vent, fut fait une croix à un rocher, abord de la montagne dudit Sr de Mermety, tombant au matin sur les parcours de la communauté dudit Montange, lieu-dit En la Combe au Cler [située à 300 mètres sur le GR9 au départ de la Borne au Lion ] ;
et suivant dudit endroit, au vent le long de ladite Combe au Cler jusqu’en l’endroit appelé Le Plattellet, au matin et au-dessus de la Feuille à Ranquin dépendant de l’héritage dudit Sr Demermety, fut planté une limite marquée d’une croix, ladite croix tournée au matin, biaisant au vent ;
et regardant les dépendances de la communauté de Montange dudit côté du matin suivant les anciennes clôtures et barrières, suivant lesquelles à l’haut pendant vis à vis du milieu dudit endroit appelé La Feuillé à Ranquin, toujours en tirant au midi, fut planté une autre limite marquée d’une croix, aussi tournée au levant ;
depuis laquelle, toujours suivant les anciennes barrières à l’extrémité de ladite Fuillé Ranquin et de l’endroit faisant la première hauteur au vent du côté de ladite Fouillé Ranquin ou Combe Froide, fut planté une limite marquée d’une croix, relative à la ci-devant, ladite croix tournée au levant et biaisant toujours au vent ;
dès [depuis] ladite limite, tirant par le dessus de l’hauteur au vent jusqu’à la descente et au plafond [fond plat (?)] de la montagne, fut faite une croix à un rocher tourné directement [f° 172] au vent ;
tirant dès ledit rocher, au vent et tombant au soir jusqu’au nant qui descend dans la Combe Grillu et se dégorge dans le Bied Brun, fut fait une croix à un rocher, à bise dudit nant ;
par lequel, descendant en droiture au soir jusqu’au plafond de la montagne, il fut planté au vent dudit nan une limite, tirant en droiture depuis la pierre au rocher ci-dessus marquée à la fente de rocher appelé Lencrene par laquelle se dégorgent les eaux du Bied Brun sur la Combe d’Evouaz ;
en sorte que tout ce qui est au vent depuis ladite Encrène et au matin desdites limites et rochers marqués tirant en droiture des unes autres appartient à ladite communauté de Montange ; et que tout ce qui est à bise et au soir desdites limites se trouve de la dépendance des domaines dudit Sr Demermety ;
de laquelle reconnaissance de territoire et de limitation les parties étant contentes m’en ont requis acte que je leur ai octroyé (...)
Fait en la maison du domaine de Chalam, appartenant à ladite communauté de Montange, en présence de Philippe Durafour , granger dudit Sr Demermety audit lieu du Berbois, de Claude [10993] Gros-Burdet demeurant en ladite Combe d'Evouaz et de [f° 173] Roland [404] et Claude [9941] Gros-Burdet grangers dudit lieu de Chalame, témoins requis lequels ont signé avec ledits sieurs Brunet, Demermety, Delaville (...), et non ledit Roland Gros [Signatures : brunet ; demermety de Lornay ; Delaville ; (...) ; Claude gros burdet ; Claude groburdet ; Maurier, notaire royal].
Sources : AD01, 3E17447, f° 169 (16 juin 1733).
Première publication, le 7 août 2009. Dernière mise à jour de cette page, le 15 novembre 2011