| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
1944, fin de guerre, c'est la pire période pour Champfromier et les villages voisins (Montanges en avril). A Champfromeir, les allemands se vengent des résistants en les traquant et en brûlant les granges suspectées d'être celles où ils se réunissaient. Le 9 avril 1944, les allemands assassinent le patriote Alfred-Louis Hottlet sur la route des Avalanches de Champfromier. L'après-midi du même jour, ils brûlent les Sauges (Combe d'Evuaz). Voulant anéantir la force du maquis, ou du moins les désorganiser, les 13 et 14 avril ils brûlent 22 fermes isolées au Collet (5 sur le territoire de Giron, 7 sur celui de Champfromier et 10 à Montanges), ces granges étant suspectées - à juste titre - d'être des lieux de réunions de maquisards [Cristal 4, p. 39]. C'est aussi en juillet 1944, que les allemands brûlent 4 nouveaux chalets isolés derrière Monnetier et dans la forêt, portant le total à 11 granges incendiées à Champfromier [RD 15, f° 6 ( 19/02/1945)].
Mais de nos jours, 70 ans après les faits, les mémoires flanchent et il devient déjà difficile de connaître le nombre exact de granges réellement brûlées par les allemands, d'en dresser la liste précise et de rappeler le jour exacte de la mise à feu par l'ennemi, et l'identification des division allemandes coupables de ces représailles ne sont toujours pas non plus identifiées avec certitude.... Concernant les granges incendiées, on prendra pour base une liste de 15 fermes incendiées, suivant un rapport de M. Félix Coudurier maire en date du 9 février 1946. On peu aussi consulter le rapport dactylographié du 7 octobre 1944, par le maire précédent, déchu.
La guerre est finie. La France s'informe sur les exactions commises. C'est ainsi que le 9 février 1946, deux gendarmes de Châtillon, en uniforme et aux ordres de leur chefs, se rendent à Champfromier "porteurs d'une demande d'enquête émanant de Monsieur le délégué régional au Service de recherche des Crimes de guerre ennemis et au Mémorial de l'oppression (...) pour rechercher les auteurs de l'assassinat commis sur le territoire de la commune de Champfromier (Ain) du jeune Hottelet Alfred-Louis et sur l'incendie des 15 fermes par les allemands au cours d'opréations contre le maquis de la région en avril 1944 (...)". Voici la déclaration qui leur fut communiquée par M. Félix Coudurier, 43 ans, maire de la commune de Champfromier, y demeurant, lors des opérations des 9, 10 et 11 avril 1944 dans la commune de Champfromier :

On est surpris de la demande concernant Hottlet dont les informations avaient déjà été transmises maintes fois. Concernant les fermes brûlées, la liste des 15 surprend et l'on est étonné que celles de juillet ne soient pas concernées...
Lors de la séance municipale du 27 janvier 1945, Octave Tournier étant maire, on dénombre 11 chalets incendiés, avec proposition que chacun des propriétaires soit indemnisé par les fonds de la commune de 2.000 francs :
"Considérant les dégats causés par la destruction de 11 chalets de montagne sur le territoire de la commune, incendiés par les troupes allemandes aux cours des mois d'avril et juillet 1944, ces chalets appartenant à divers propriétaires de la commune et servant pendant la saison d'été à l'estivage des troupeaux et d'abris aux bucherons travaillant en forêt, le conseil décide d'allouer à chacun de sinistrés de la commune désignés ci-après un secours de 2.000 francs : Grenard Cyrille, Chevron Antonin, Coutier Joseph, Ducret-Frères, Veuve Ducret César, Ducret-Sergent Louis, Veuve Ducret Léontine, Coudurier Emile, Veuve Tournier François, Ducret Alphonse, Evrard Lucien, vote la somme de 22.000 francs à répartir en 11 parts de 2.000 francs, et demande à M. le Préfet l'autorisation de prélever ladite somme sur les fonds libres de la caisse municipale, ainsi délibéré." [RD15, f° 6 (copie sans signature d'acte du 27/01/1945)]. On remarque que les propriétaires ne demeurant pas à Champfromier ne sont pas cités.
1- Grenard Cyrille [Au Collet, Moissons de la Mémoire, p. 165]. Famille de Simone Grenard [Indéterminé].
2- Chevron Antonin [Reconstruite "Le Collet". Est-ce Victorin Evrard cité dans les Moissons de la Mémoire, p. 165. Il avait sa maison rue de la Fruitière, en face d'Hélène. Le pavillon reconstruit fut plusieurs fois vendu, dont à Pékin. Semble celle de Gustave Juillard, brûlée quelques jours plus tard par un voisin sous la menace de représailles (Voir compléments aux Bornettes)] ;
3- Coutier Joseph [L'Auger, famile de DD Coutier. Est-ce les Bornet-Coutier cités dans les Moissons de la Mémoire, p. 165]
4- Ducret-Frères (Auguste et Joseph) [L'Auger, principalement la toiture] ;
5- Veuve Ducret César [Au Collet, La Peinnaz, selon Moissons de la Mémoire, p. 165] Grand-mère de Claude Ducret, habitant au centre de l'immeuble Ducret-Gaucher.
6- Ducret-Sergent Louis [Druget. Ce Ducret-Sergent était de Giron, et y a encore deux filles]
7- Veuve Ducret Léontine [Au Collet, la dernière avant la limite communale, plus près de la route que la fruitière, et plus encore que celle des Leulle. Grand-mère de Jean-Luc Ducret, fils de Mme veuve Plaisantin. Ducret-Gauchet Joseph, cité dans les Moissons de la Mémoire, p. 165]
8- Coudurier Emile [Cousin du père de François et Jean ?]
9- Veuve Tournier François [Collet, Leule, 2e maison, Moissons de la Mémoire, p. 165. C'est celle de la famille d'Hélène Chevron]
10- Ducret Alphonse [Riret (il y avait en fait deux maisons)]
11- Evrard Lucien [Collet, GP ou ARGP de la Dédé Evrard. Est-ce Antonin Evrard, cité dans les Moissons de la Mémoire, p. 165]
Les Moissons de la Mémoire [p. 165] citent :
Le 9 avril, non le Potachet, mais la ferme du Réret d'Alphonse et Raymond [CI-7537] Ducret-Thadet, le Druget de Johannès Richerot, puis les deux fermes de l'Auger, la Caserne et Buclaloup, et enfin les Sauges (soit 7 granges) ;
Le 10 avril, le Golet des Murs à la famille Thomasset ;
Les 13 et 14 avril, au Collet de Champfromier, les fermes de Victorin Evrard, Antonin Evrard, Joseph Ducret-Gaucher, François Tournier, la fruitière et la ferme Humbert, plus la Peinnaz de César Ducret et celles de Bornet-Coutier et de Cyrille Grenard (soit 9 et non 7, et 17 au total et non 11 !)
Hélène Chevron se souvient que la fumée se voyait depuis Champfromier. Agée de 14 ans elle n'y avait jamais été bien que sa famille y possédait la grange de Leulle (à cause des risques de combats, étant donné la présence des maquisards). Elle s'y rendit avec ses frères et soeurs, ils étaient quatre, l'été suivant pour la première fois et elle resta marquée à la vue des ruines des chalets alignés. Sous le choc, ils observaient en silence, sans dire un mot. Elle ajoute que le châlet de l'Auger, et celui derrière ont aussi été brûlés, mais sans trop de dégats (la toiture seule) car il n'y avait pas de foin à l'intérieur. La Caserne à côté de Buclaloup a aussi été brûlée. Ces châlets se trouvaient tous dans la combe, un monticule les séparant et les cachant presque toutes depuis la route.
Voir VDB, p. 123 qui donne pour brûlées 4 granges le jour de Pâques (lundi 3 avril) 1944, Caserne et Buclaloup, Golet des Murs et Sauges. Elle précise que la liste semble ne concerner que des maisons habitées, Buclaloup étant déjà inoccupée en 1938.
Voir aussi : Pourquoi les Bornettes ne furent pas brûlées
Dans le registre des Propriétés Bâties (1911-1965) [3P 659] on relève effectivement 11 suppressions de granges brûlées "Faits de guerre", mais il semble y avoir des inversions (Sauge et Golet des Murs) et confusion (Auger et non Druger) : à revoir !
Publication : Ghislain Lancel .
Première publication le 27 octobre 2009. Dernière mise à jour de cette page.le 2 septembre 2010.