| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Deux semaines après l'inauguration du Monument aux Morts de Champfromier, loin des discours et du banquet, un corps est ramené au pays pour y être inhumé, c'est celui de François Michollet. Son camarade raconte :
" Souvenirs de guerre. Le corps de mon voisin et ancien compagnon d'armes, François Michollet, vient d'être ramené du front pour être inhumé dans le cimetière du pays natal. A cette occasion, qu'il me soit permis de faire appel à ma mémoire et d'évoquer cet épisode déjà lointain :
C'était le 18 janvier 1916 : Le 56e régiment territorial tenait le secteur compris entre le pont d'Aspach et Ammertzviller, dans les forêts du Langellittenag et du Bukwald. Le deuxième bataillon était en réserve, le premier était à la droite du troisième, et la deuxième compagnie, dont faisait partie Michollet, occupait la fameuse tranchée C bis, en plein champ, en avant de Bukwald. Il faisait un temps doux et brumeux : une infinie tristesse pesait sur toutes les choses ; jamais les bois n'avaient paru si sombres et la plaine si morne et si menaçante ; les mensonges continuels des journaux nous faisaient douter de tout et le découragement, le cafard, comme nous disions là-bas, mettait devant nos yeux comme un voile funèbre. Et nous pensions que nous étions maudits et que jamais nous ne verrions la fin de cette guerre.
Les Boches nous faisaient de la musique à leur façon ; par instants, des lueurs rapides et sanglantes trouaient l'horizon ; puis c'étaient des déchirements prolongés, des miaulements aigres et rageurs, et le fracas épouvantable de l'explosion, comme un wagon de ferraille qui s'écrase contre un rocher. C'est un de ces gros obus qui pénétra sous le misérable abri de la C bis et qui tua une quinzaine d'hommes. Nous fûmes vite au courant de ce qui s'était passé. Le lendemain, à la relève, je me rendis à travers bois à Doëffmafen, avec l'appréhension de trouver mon voisin parmi les morts ; il me suffit d'entrouvrir la porte de la petite église et d'y jeter un coup d'œil pour en avoir la certitude ; je fis demi-tour, et je rencontrai, ayant eu la même pensée que moi, F. Tavernier et Jh Ducret, boucher, ex-cuistot de ma demi-section. D'un signe, ils furent renseignés. Et nous retournâmes tous trois vers l'inconnu redoutable du lendemain.
J'adresse ici un souvenir ému à mon camarade d'autrefois, et à la famille mes fraternelles salutations.
L. Desvignes, ancien poilu du 3e bat. du 56e territorial." [L'Avenir Régional, 31 août 1922].
Soldat au 23e RI, 7e Cie, classe 1912, n° 961 de Belley, matricule 6942, décédé à l'hôpital militaire St-Charles à St-Dié [Lorraine] le 26 juillet 1915, Mort pour la France (Acte 12 de 1915).
Une correspondance privée sur une carte postale datée du 14 août 1915, évoque cette disparition "Vous avez su, sans doute, que le jeune séminariste Laurent Tournier, avait été tué d'un éclat d'obus à la fin juillet. C'est bien regrettable car il aurait pu faire beaucoup de bien plus tard. Les prêtres vont être si rares ! Ce jeune abbé paraissait si bon, si pieux, si modeste ; le bon Dieu a jugé sa carrière assez longue et lui a certainement accordé la récompense céleste. Mais les pauvres parents..." [Carte postale TA_01 (Privé)].
Louis Desvignes et François Courbe-Michollet demeuraient chacun dans l'une des deux fermes du Poizet, à Champfromier.
Remerciements : Gilles Moine (Archives de L'Avenir Régional de 1922).
Dernière mise à jour de cette page, le 17 juin 2008.