Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Un linteau ouvragé à La Rivière (Chézery-Forens)

 

On trouve à La Rivière, hameau de Chézery-Forens (Ain), un ancien linteau de porte étonnant, sur l'entrée latérale sous une grange donnant sur la route départementale. C'est que l'élégante double accolade sert de socle à quatre insignes disposés inégalement, de finition grossière, semblant positionnés à l'envers et sans aucun souci de disposition équilibrée. Ces quatre symboles gravés en bas-relief sont une demi-sphère aplatie posée sur un socle circulaire, un cercle portant deux diamètres tracés perpendiculairement et le tout dans un carré en relief, un cœur trop rond et dont la pointe est orientée vers le haut, et un petit blason de la Savoie, lui aussi disposé à l'envers !

Les encoches des accolades ne sont pas alignées avec les chanfreins des pieds-droits (montants) de la porte. Soit le bâtiment s'est déformé au cours des siècles, soit l'encadrement complet de la porte provient d'un autre endroit et ne fut posé qu'approximativement. On connaît un remploi à La Charbonnière où le linteau est même positionné complètement à l'envers !

Linteau Rivière

Le blason de la Savoie daterait d'avant 1601, année où le hameau de La Rivière est passé à la France par le traité de Lyon (avec une frontière du territoire resté à la Savoie positionnée à moins d'un kilomètre au sud).

L'éminence demi-sphérique pourrait rappeler une pierre à sel et signaler la maison d'un regatier (disposant d'un dépôt de sel, revendu au détail dans le cadre de la gabelle). Mais les regatiers ne détenaient généralement leur charge qu'après des enchères renouvelées annuellement, du moins depuis 1727 à Chézery. Signalons par ailleurs qu'on connait aussi trois demi-sphères (disposées une à gauche et deux superposées à droite) sur un linteau de porte à Saint-Martin-du-Fresne (près de Nantua).

Le cœur (inversé) signalait certainement que le propriétaire du lieu était un homme au titre honorifique attaché à une confrérie religieuse (Directeur St-Sacrement, voire membre du St-Rosaire, ou autre), ou bien que son habitation était un lieu habituel de réunions paroissiales. Le cœur se retrouve sur des bannières religieuses locales. La Confrérie du St-Rosaire fut agrégée à l’Apostolat de la Prière, Ligue du Cœur de Jésus, le 16 du mois de juillet 1880. Notons qu'on trouve aussi un cœur inversé, au bas d'une composition avec la croix, inséré dans le H du sigle IHS dans un linteau de remploi daté de 1645 à La Charbonnière.

Le cercle divisé en quatre quarts est énigmatique...

On remarquera qu'il n'y a pas de croix ordinaire (sauf à avoir mal observé les pieds-droits), signalant que la maison fut bénie après sa construction.

Quelle famille habita la demeure dont la porte d'entrée était si facilement reconnaissable ? C'est nécessairement une famille de notable. Peut-on penser à celle des Gros-Duproz, qui se distingua par plusieurs notaires depuis Me Barthomomé, attesté en 1669, ou à celle des Gros-Siord de La Rivière dont avait été issu le peu conformiste moine et curé Bernard Gros (moine de 1605 à 1672), prieur de l'abbaye de Chézery.

 

 

Publication : Ghislain Lancel. Remerciement : Bernard Vuaillat (photo).

Première publication le 16 mars 2022. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 
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