Patrimoine et Histoire de Champfromier
Par Ghislain Lancel

La cloche sauvegardée, et celles fondues, Chézery (1792)

 

On se souvient que, le 31 juillet 1789, par un "Traité de Paix", les chézerands avaient obtenus des religieux de l'abbaye de Chézery la promesse que leur église (paroissiale, et non abbatiale), serait dotée d'un clocher carré de 3 mètres de hauteur, surmonté d'une flèche de 10 mètres de hauteur, avec des cloches placées à leurs frais !

On manque d'information sur ce qui s'est passé dans les années suivantes, mais on sait que l'église abbatiale fut totalement détruite et on voit bien que de nos jours l'église paroissiale, comporte un clocher, et que ses cloches tintent encore agréablement à nos oreilles... L'une au moins, la plus grosse, semble bien provenir de l'abbaye, et serait donc l'un des très rares éléments anciens attestés subsistant de l'abbaye !

En effet, lors de la délibération du conseil municipal du 12 avril 1792, suite à la demande des révolutionnaires de leur livrer des cloches, pour fondre de la monnaie, ils évoquent "la grosse cloche de la ci-devant Abbaye de Chezery", pesant 18 quintaux (1.800 livres de l'époque), qu'ils veulent garder, sous l'argument que les sons graves portent plus loin dans cette vaste commune, et qu'ils proposent d'échanger contre les trois autres, dont une de 12 quintaux qui est fendue [AD01, 2L29, f° 98]

De toutes évidences, les cloches mentionnées sont celles de l'église abbatiale (qui n'était donc pas encore rasée à cette date), les poids des deux plus grosses étant les mêmes, 18 et 12 quintaux, et l'on sait que les paroissiens étaient propriétaires de deux des quatres cloches de l'abbaye depuis la transaction du 28 mai 1525 [2L 260, f° 413].

Les citoyens de la nouvelle municipalité poursuivent leurs tractations : "ils demandent qu’au lieu de la cloche du poids de 18 quintaux, qui doit être transportée à la fonderie, en vertu de l’arrêté du Directoire du Département du 24 décembre 1791, ils soient autorisés à y envoyer les trois autres, dont la propriété a été maintenue à ladite commune par le même arrêté, parce qu’ils se trouve que celle de 12 quintaux étant fendue, rend un son très faible, et qu’il est nécessaire dans une paroisse dont les habitations sont très dispersées d’avoir une cloche qui se fasse entendre dans un grand éloignement" [AD01, 2L29, f° 98].

Etonnamment le Directoire du département, répond favorablement, le 11 mai 1792 : "considérant que le poids de la grosse cloche de la ci-devant Abbaye de Chezery diffère peu de celui des trois autres, autorise la municipalité dudit lieu à garder la cloche du poids de 18 quintaux, et arrête que le Directoire dudit District enverra incessamment à la fonderie à Lyon les 3 cloches restantes appartenant à la Nation, après avoir préalablement fait constater de leur poids par procès-verbal".

Un autre registre de consignation des décisions du même Directoire, atteste que ce sont bien les trois autres cloches qui furent fondues. Il précise que c'est dès le 9 avril 1792 qu'une mise aux enchères avait été organisée pour la descente du clocher de Chézery de la grosse cloche, puis son transport au Pont de Bellegarde. L'adjudication avait été remportée par le "sieur François Juillard, cultivateur demeurant au Rosset, vallée dudit Chezery, moyennant la somme de 72 livres". Après l'accord d'envoyer à la "monnaie" de Lyon les trois autres cloches, elles furent d'abord bien transportées, le 12 juin, au pont de Bellegarde, et "déposées au bureau des douanes nationales". Risible, le poids des cloches n'a pu être vérifié, la balance de Bellegarde étant limitée à 325 livres ! Mais le dit Juillard n'en étant pas responsable, le Directoire accorde donc néanmoins de l'autoriser à se faire payer de ses 72 livres... [AD01, 2L30, f° 116]

L'église actuelle comporte deux cloches, et deux cordes qui n'ont plus nécessité d'être en bon état, motorisation oblige ! Mais pour les inhumations, il est encore de tradition on sonner les cloches à la main.

 

Sources : AD01, 2L 29 (ancien L81), f° 98 et AD01, 2L30 (ancien L82), f° 116.

Publication inédite : Ghislain Lancel.

 

Première publication le 28 mars 2018. Dernière mise à jour, idem.

 
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