Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Visite pastorale par Mgr de Rossillon de Bernex, 2 septembre 1699 (concerne aussi l'abbaye)

 

Même si, le 2 septembre 1699, Mgr Michel-Gabriel de Rossillion de Bernex, Evêque et Prince de Genève, visite Chézery en entrant d'abord, conduit processionnellement sous un dais, dans l'église abbatiale, c'est l'église paroissiale, sous le vocable de Nostre-Dame et de St-Roland, qui retient seule son attention, sauf encore a entendre les différents avec les religieux !

 L'église est desservie par Aymé Bourcier, vicaire amovible, secondé par un sous-vicaire. Pour sa messe basse des trépassés, tous les lundis, il reçoit 9 florins qui lui sont payés annuellement par les syndics. Il doit encore "entretenir la lampe, et fournir le luminaire pour les offices du maître-autel, savoir les fêtes et dimanches, de la grosseur du pouce, et les autres jours du petit doigt, à forme des synodales, et pour ce sujet perçoit annuellement 2 livres de cire de la paroisse". Pour les sépultures, dont la levée des corps se fait devant la chapelle de notre Dame (attenante à l’église abbatiale, côté cimetière), il perçoit ce qui est prévu par un arrêt. Il perçoit aussi les prémices, relâchées par l'abbé suivant un autre traité, avec un droit d'église et encore 100 livres versées par l'abbé, mais il est tenu d'entretenir le sous-vicaire (chargé de Lélex). En alternance les deux vicaires doivent faire le catéchisme le dimanche.

Des messes de fondations pour le repos des âmes des morts sont mentionnées, en particulier 12 grandes messes et 6 petites pour Me Claude Gros notaire, moyennant un revenu annuel de 15 livres.

Les paroissiens ont les lourdes charges d'entretenir la sacristie, la nef (mais pas le chœur), les chapelles et le chapiteau de leur église, avec la clôture du cimetière. Ils semblent aussi sollicités pour obtenir (des moines) et exposer dans leur église un fragmant des reliques de St-Roland. Les paroissiens doivent faire doubler le dedans du tabernacle de quelque étoffe de soie et réparer le sous-pied (plancher) de la sacristie, le tout avant six mois.

Les paroissiens doivent encore avoir un clerc, qui doit balayer et sonner pour les messes, lequel est payé en pain lorsqu'il porte l'eau bénite dans les maisons.

Les deux chapelles (Rosaire et St-Sacrement) sont citées, bien entretenues, mais sans remplir tous les devoirs des confrères (pas de recteur).

Le rapport, dont certains paragraphes sont copiés sur la visite de 1666, se termine par la reception de protestations.

Les cloches (dont seules celles de l'abbaye peuvent être utilisées) sont toujours un sujet de discorde. Il avait été rappelé que depuis le 28 mai 1625 (lire plutôt 1525), l'abbé est tenu d'entretenir les cordes des cloches (de l'église abbatiale). Les syndics et paroissiens protestent que la présente visite ne puisse préjudicier à la possession et aux droits [renvoi : et usage] où ils sont de se servir des cloches qui sont au clocher des Rds religieux [de l’abbaye] pour les offices de la paroisse, pour les morts, pour le temps, pour les fêtes et pour toutes les occasions et nécessités [incendies], conformément à la transaction qui a été faite et passée entre lesdits Rds religieux et le syndic et huit conseillers de ladite paroisse le 28 novembre (lire : mai ?) 1525, reçu par Me Jean Rubat". Naturellement les religieux s'y opposent, arguant que la transaction de 1525 n'avait pas été autorisée par le chapitre général. L'évêque donne acte (aux parties de se pourvoir éventuellement en justice) sans trancher.

Un autre point d'achoppement est celui de la distribution des aumônes (dont on sait qu'elle provoqua bien des critiques) dues par l'abbé. Les religieux demandent qu'un de leur moines soit présent, comme dans d'autres abbayes de la région. Mais le représentant de l'abbé s'y oppose, sous prétexte que les religieux n'y ont jamais assisté par le passé ! L'évêque donne acte pour qu'elle se pourvoient...

Le dernier conteste traité est celui du pain bénit que les paroissiens veulent offrir dans son église paroissiale, comme partout dans le diocèse, le jour de leur saint patron. Mais les religieux veulent s'en tenir à ce que ce ne soit que dans leur église abbatiale... Et pour une fois l'évêque prend une décision, toutefois après avoir demandé son avis à son accompagnateur promoteur : les religieux pourront offrir ce pain bénit dans leur églis abbatiale le jour de la fête de St-Roland, et les paroissiens dans leur église le jour de l'Assomption de Notre-Dame, et tous les autres dimanches !

Parmi les signatures, on remarque celles de "+MG Evesque de Geneve" (l'évêque), " E jarcelat visiteur ; Ch. Paris promoteur", celle de "f Lorette, prieur opposant", celle de "Burdet" (agent de l'abbé) et celles d'autres notables ou curés.

 

Copie intégrale

"[f° 154v] Chezery. Du 2 septembre 1699. Monseigneur l’Illustrissime et révérendissime Michel-Gabriel de Rossillion de Bernex, par la grâce de Dieu et du Saint-siège apostolique, Evêque et Prince de Genève, faisant la visite générale des églises de son diocèse, et étant arrivé à Chezery, il auroit été encensé et conduit processionnellement sous le dais par les Rds religieux dans leur église [abbatiale], dans laquelle ils ont chanté le Te Deum, et après mondit seigneur auroit fait les prières et donné la bénédiction à tout le peuple, et au sortir de ladite église, il auroit été conduit comme dessus jusqu’à l’entrée du cimetière de l’église paroissiale, dans laquelle il est entré sous le dais, précédé de la Croix et des vicaires, qui lui ont rendu les honneurs dus à sa dignité, en conformité de ce qui est prescrit par le pontificat romain ; et étant dans l’église paroissiale, laquelle est sous le vocable de Nostre-Dame et de St-Roland, il auroit visité le St-Sacrement, les Saintes huiles, les reliques, les fonds baptismaux, les ornements, les registres et le cimetière, et c’est en l’assistance de Rd Messire Estienne Jarcelat, son visiteur et [renvoi : Charles Crinant (lire : Charles Paris)] son promoteur, tous deux chanoines de la cathédrale, et tout ce que dessus a été fait ensuite des publications faites au prône et des affiches apposées à la porte de ladite église paroissiale, laquelle est desservie par Rd Me Aymé Bourcier, dument institué du vicariat de ladite église, qui est amovible, par le Rd seigneur Joseph Fallaz vicaire général et official, le siège vacant, et par le Sr Rebut, trésorier principal du genevois, en qualité de procureur général de l’Illustre et Rd seigneur abbé de Chezery ; lequel sieur Bourcier doit avoir un prêtre résident avec lui en qualité de sous-vicaire, et lesquels sont tenus de faire résidence personnelle, de célébrer une grande messe tous les jours de dimanche et fêtes solennelles, et autres s’il se trouve du monde pour la répondre, doit faire le prône tous les dimanches, et toutes fonctions pastorales et chanter vêpres les jours de la Fête-Dieu, de Pentecôte et de St-Roland ; et lors que les confrères du St-Sacrement chantent [f° 155] vêpres, il est exhorté d’y assister, à moins qu’il n’en fut empêché par ses fonctions ; doit de plus tous les lundis une basse messe pour les trépassés moyennant la rétribution compétente qui lui sera donnée à ces fins, et pour ce, (il) est en coutume de percevoir 9 florins qui lui sont payés tous les ans par les syndics ; de plus est obligé de dire complies et donner la bénédiction du St-Sacrement pendant l’octave, de dire la passion et faire la bénédiction du temps dès la Ste Croix de mai jusqu’à celle de septembre, finalement de faire les processions des rogations et le catéchisme tous les dimanches par interrogat, et lesquels vicaire et sous-vicaire doivent être approuvés par mondit seigneur.

Ledit vicaire doit encore entretenir la lampe, et fournir le luminaire pour les offices du maître-autel, savoir les fêtes et dimanches, de la grosseur du pouce, et les autres jours du petit doigt, à forme des synodales, et pour ce sujet perçoit annuellement 2 livres de cire de la paroisse.

Plus, pour les sépultures, retire ce qui est porté par l’arrêt rendu sur ce sujet, auquel on se rapporte, comme encore pour ce qui regarde les rétributions qui sont dues pour les services particuliers qu’il fait, tant en messes, réponds, qu’autres suffrages, et doit faire la levée du corps devant la chapelle de Nostre-Dame [attenante à l’église abbatiale, côté cimetière].

Ledit Rd Seigneur Abbé perçoit la dîme rière toute la paroisse, et la prémice, conformément aux arrêts, laquelle il a relâché par un traité fait pour ce sujet audit vicaire pour le service de ladite paroisse, avec le verrouil (?) de l’église et 100 livres tournois, moyennant quoi ledit sieur vicaire est tenu d’entretenir un sous-vicaire, lequel perçoit, outre ce que dessus, la messe des aumônes à l’accoutumée.

Le seigneur abbé est chargé d’entretenir, comme ci-devant est énoncé, deux prêtres pour le service de ladite paroisse, de plus de faire les aumônes générales, conformément aux arrêts, et d’entretenir les cordes des cloches [de l'église abbatiale] au sujet [f° 155v] desquelles, il y a transaction en date du 28 mai 1625 (lire plutôt 1525), signé Tubat.

La paroisse est chargée de maintenir la sacristie, la nef, les chapelles et le chapiteau de leur église, avec la clôture du cimetière et les ornements nécessaires pour les offices qui se font en icelle, comme encore d’entretenir un clerc auquel on donne de pain quand il porte l’eau bénite par les maisons, lequel doit ballier [balayer] l’église [renvoi : et tribune], sonner pour la messe servir lesdits vicaires dans leurs fonctions.

Mondit seigneur a ordonné qu’il sera fait un inventaire des vases et ornements de ladite église, lequel sera revêtu à chaque changement de vicaire, quand il y aura dans la sacristie une table de bois en laquelle seront inscrits les fondations ; de plus enjoint auxdits vicaires de faire à l’alternative le catéchisme tous les dimanches par interrogat, de joindre une parcelle de relique authentique à celles qui n’en ont point [relique de St-Roland à pouvoir dans l’église paroissiale] pour les exposer avec sureté à la vénération des peuples, et aux paroissiens de faire doubler le dedans du tabernacle de quelque étoffe de soie et de réparer le sous-pied de la sacristie, le tout dans six mois.

Ledit sieur vicaire est obligé de célébrer annuellement deux grandes messes et deux petites, fondées par honorable Pierre Gros dit Lalland, pour le revenu annuel de 50 sols tournois, payables par Roland Juliard, à forme du contrat de fondation en date du 10 mai 1683, signé Faure, notaire.

Plus, ledit sieur vicaire est obligé de célébrer annuellement dans la chapelle du Rosaire, 12 grandes messes et 6 petites, la moitié desdites messes de la Vierge, et les autres des morts, et c’est pour le revenu annuel de 15 livres, dues par les hoyers ( hoirs) de Roland Mathieu dit Vernex, et c’est pour le repos de l’âme de Me Claude Gros notaire, et le tout conformément au contrat de fondation qu’il en a passé le 30 juin 1683, reçu par Me Faure notaire ; mondit seigneur a autorisé que ledit contrat soit enregistré dans son greffe dans trois mois.

Mondit seigneur a visité la chapelle en laquelle s’exerce la confrérie du St-Sacrement, et l’autre chapelle en laquelle celle [sic] du Rosaire, lesquelles sont tenues fort décemment ; les confrères d’icelles sont exhortés d’y rendre leurs devoirs sur le [f° 156] pied des règlements du diocèse et sous la direction dudit sieur vicaire.

Ont comparu les syndics et paroissiens, lesquels protestent que la présente visite ne puisse préjudicier à la possession et aux droits [renvoi : et usage] où ils sont de se servir des cloches qui sont au clocher des Rds religieux [de l’abbaye] pour les offices de la paroisse, pour les morts, pour le temps, pour les fêtes et pour toutes les occasions et nécessités [incendies], conformément à la transaction qui a été faite et passée entre lesdits Rds religieux et le syndic et huit conseillers de ladite paroisse le 28 novembre (lire : mai ?) 1525, reçu par Me Jean Rubat [Tubat].

Et lesdits religieux ont fait leurs protestes au contraire afin que rien ne soit fait au préjudice de leurs droits, attendu que ladite transaction n’a pas été autorisée par leur chapitre général ; et lesdits paroissiens persistent à leurs protestes ci-dessus.

Desquelles réquisitions et protestes a été donné acte aux parties pour leur servir ainsi que de raison.

Ont de même comparu les Rds religieux, lesquels protestent et opposent à ce qu’à l’avenir la distribution des aumônes dues par le Rd seigneur abbé ne se fasse qu’en la présence d’un religieux, ainsi qu’il se pratique à l’abbaye d’Hautecombe et à l’abbaye Daux [d’Aulps].

A comparu le Sieur Burdet, au nom du Rd seigneur abbé, lequel oppose au contraire, attendu que lesdits religieux n’y ont jamais assisté.

De tout quoi, a été donné acte aux parties afin qu’elles se pourvoient, ainsi qu’elles verront à faire.

Fait et prononcé au-devant de ladite église paroissiale, en la présence desdits Rds visiteur et promoteur, du Rd P. Dom Lorette prieur, dudit sieur Bourcier vicaire, dudit Sieur Burdet, de Me Philibert et (Me) Jean-François Faure, de Me A medé Depr erars [Dupraz ?], d’honnête Gabriel Joux dit Cotton et Joseph Gros-Goujat syndics, et de presque tous les paroissiens, excédant les deux parts de trois, les trois faisant le tout, ainsi qu’ils ont déclaré ;

tous lesquels ont supplié mondit seigneur d’ordonner qu’il leurs soient permis, conformément aux usages [f° 156v] de toutes les églises du diocèse, les jours de dimanche du (des) patron et titulaire de leur église et de leurs confréries, de présenter et offrir le pain bénit dans leur église paroissiale et autres jours que leur dévotion leur inspirera.

Et lesdits religieux persistent au contraire, comme étant une usurpation qui n’a jamais été pratiquée, se voulant tenir à l’acte qui leur a été signifié le 15 du mois d’août dernier.

Sur quoi, mondit seigneur a ordonné que le Sieur Paris son promoteur [sic] eusse à fournir de ses conclusions.

Lequel Rd Sieur promoteur dit qu’attendu que lesdits paroissiens ont une église paroissiale en laquelle ils reconnaissent St-Roland pour patron et la Ste-Vierge pour titulaire, qu’il n’y a aucun inconvénient qu’il leurs soient permis de présenter et offrir le pain bénit dans leur église le jour de l’Assomption de Nostre-Dame, sous la direction du Rd sieur vicaire, pourvu toutefois que ladite offrande ne donne occasion à aucun dérèglement, sur quoi requiert mondit seigneur leurs accorder ladite permission suppliée.

Sur quoi mondit seigneur, ayant pris le sentiment du Sieur Jarcelat son visiteur a ordonné que, suivant les usages des années passées, l’on n’offrira le pain bénit dans l’église abbatiale (que) le jour de St-Roland [renvoi : patron dudit lieu], et que pour le jour de l’Assomption de Nostre-Dame, et les jours de dimanche , il sera libre aux paroissiensd’offrir le pain bénit dans l’église paroissiale.

Présents Rd Mre Anthelme Symonet, archiprêtre et curé de Lompnieuz et Rd Mre Jacques Gineut archiprêtre et curé de Léaz.

[Signatures : +MG Evesque de Geneve ; E jarcelat visiteur ; Ch. Paris promoteur ; f Lorette, prieur opposant ; Borcuizm ; Burdet ; gabriel cotton ; Faure Cha… ; faure fil(s) ; … Dupraz ; Pierre du proz ; Duraffour ; Han [Blanc ?] ; Aymond curé, De Genève curé ; Diaconis]." [Fin de la copie].

 

Source : AD74, 1G122, f° 154v-156v (la communication de cet original n'étant plus autorisée, la consultation n'a pu se faire qu'avec le vieux film négatif..., coté 2Mi96) -- Copie dans le livre de paroisse, mentionnée dans Arch. Dioc. (Bourg) , 471/20 -- Mention dans Hannezo, p. 188.

Publication : Ghislain Lancel.

Première publication, le 26 juin 2020. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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