| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
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Rappelons en 1845 la construction de la maison Mathieu, futur presbytère (après le cul-de-sac allant à l'ancien moulin)
Retrouver dans quel sens, il y a un siècle et demi, le recenseur a parcouru les rues du village pour rédiger son document n'est pas aisé. Rappelons que ce n'est qu'en 2018 que l'on apposera des plaques mentionnant les noms de rues, et les numéros des maisons. Les premiers recensements ne comportent alors que des noms de vastes quartiers, sans aucune précision. Le premier de ces quartiers, autrement dit le centre du village, prend de nom de l'Abbaye, par une surprenante réhabilitation reprenant en compte le passé. Les propriétaires du cadastre de 1847 et les mutations de maisons permettent cependant de retrouver approximativement les positions des maisons. Place St-Roland actuelle, quelques maisons ont été construites après la Révolution, la réduisant de moitié du côte des anciens jardins de l'abbaye. Le recenseur commence par l'actuel Relais des Moines, dont Joseph Gros-Filley, maire, marchand, a obtenu la mutation en 1852. Vingt-et-une personnes habitent cette maison, et d'abors sa femme et leurs enfants, son vieux père et sa mère paralytique, ainsi que deux domestiques. Cette maison est en travaux, en témoignera bientôt le blason que l'on peut encore voir sur le porche "Jh * G 1858". Deux autres familles sont logées dans cette maison, sans qu'il y ait encore d'aubergiste.
Puis sont recensées les habitants des nouvelles maisons de la Place St-Roland, côté jardin, les regroupant incorrectement en une seule énorme maison. Puis il passe à l'actuelle Route de L'Epéry, en commençant par la plus éloignée. A signaler qu'il considère aussi maladroitement comme une unique maison (n° 4) le vieil immeuble dit de nos jours la "Maison de l'abbaye" et les maisons récentes construites dans son prolongement, au niveau de la nef de l'ancienne église abbatiale (soit 29 habitants !). Il semble ensuite revenir à la place St-Roland avec la double maison située du côté donnant sur l'actuelle Route de l'Abbaye. Puis il passe au Four des Aumônes, devenu moulin, revient Route de l'Abbaye pour recenser le presbytère (l'actuelle mairie), et poursuit certainement avec le Moulin Coquet. Les populations dites éparses de ce quartier de l'Abbaye -- c'est dire le peu d'habitations --, ne semblent concerner que l'actuelle Route de Confort, depuis l'ancienne forge et pour quelques maisons neuves. Ce quartier de l'Abbaye n'avait vu sa population augmenter sensiblement qu'après la revente au détail des possessions de l'abbaye, mais il atteint déjà 139 individus en 1856, toutefois au détriment de maisons éparses de la commune.
Pour ce relevé, daté du 10 juin 1856, on observe que la population totale est de 1046 individus, et que ces habitants sont répartis dans 165 maisons en 240 familles. Malgré l'attrait du centre du village, les hameaux sont encore très fortement représentés : 154 habitants à La Rivière, 116 à Rosset, 39 au Raffour, 53 à la Charbonnière, 96 à l'Eperry, 91 au Grand-Essert, 64 à Champeroux, 45 aux Replats, 175 à Menthières, 40 au Crêt et 34 à la Serpentouze.
Les 524 personnes de sexe féminin se décomposent en 173 femmes mariées, 44 veuves et 307 filles ou célibataires. Sur 518 personnes de sexe masculin, on relève 165 hommes mariés, 35 veufs et 315 garçons ou célibataires. Traditionnellement, la maison abrite encore toute la famille, le couple et ses enfants, et parfois des enfants de lits précédents, les père et mère des époux, et des frères ou sœurs célibataires, veufs ou veuves. Ainsi, on note la présence d'une dizaine de pères de chefs de ménages, et de 17 mères ou belles mères vivant au foyer familial. Une quarantaine de personnes ont plus de 70 ans, l'âge maximum n'étant que de 80 ans. A l'opposé, on dénombre une dizaine de bébés de moins d'un an, et on répertorie 417 jeunes de moins de 21 ans. Il n'est toujours pas rare de voir des familles avec de nombreux enfants, mais ceux-ci semblent désormais naître à des intervalles de temps un peu plus espacés qu'au siècle précédent. Ainsi le boulanger n'est père que de six enfants ; toutefois leurs âges s'étendent de 6 mois à 17 ans.
Concernant les tares familiales, relativement nombreuses en ce pays replié sur lui-même et à forte consanguinité, les observations portées, conformément aux consignes de la rédaction des recensements, sont sans nuances : Aliéné voir dangereux, aliénée non dangereuse, indigents et indigentes (pas toujours secourues par le bureau de bienfaisance), aveugles, boiteux, chef de ménage paralytique ou fille "très infirme" !
La profession majoritairement écrasante est celle de cultivateur/cultivatrice (181 individus). Viennent ensuite les domestiques, adultes ou enfants (73 individus, dont un garçon de 10 ans, trois de 12 ans, quatre garçons et filles de 13 ans, etc.) Sans surprise, on les retrouve le plus souvent dans les fermes éparses que dans des lieux de populations agglomérées (une vingtaine seulement).
En cette année 1856, on relève déjà deux fromagères, à La Rivière et à Rosset, la fruitière de Rosset ayant été créée en 1820. Les autres professions d'hommes sont journaliers (7), meuniers (4), aubergistes (3 au Grand-Essert), maçons (3) ou ouvriers (3 aux Chemins de fer), marchands (2), boulanger (1), cantonnier (1) oui garde (1), pêcheur (1), voiturier (1), cordonnier (1), facteur (1), notaire (1), instituteur (1), curé (1) ou vicaire (1). Une femme est commissionnaire, une autre est couturière indigente, deux sont sages-femmes (dont l'une exerce en plus de son activité de cultivatrice à Rosset). Certains ne travaillent pas. Une femme est boiteuse mendiante. Huit hommes ou veuves, âgés de 45 à 8 ans, sont rentiers (rentières), mais l'une d'elles est "occupée dans d'autres communes". Quinze individus sont dits sans profession.
Le peu de patronymes de ce village de basse montagne du Jura, situé dans une vallée encaissée, le caractérisent comme étant très replié sur lui-même. Ainsi, on relève 151 Blanc, 138 Gros (aux noms désormais stabilisés en Groscarret, Grossiord, etc.), 82 Jacquinod ou Carry, 67 Juillard, 64 Durafour (aux nombreuses variantes orthographiques), 42 Mathieu et 39 Dujoux. Une étrangère du lieu fait exception, ce qui lui vaut dans la colonne des observations la mention de "Née en Savoie" !
Les prénoms évoluent et se diversifient, avec des Auguste, Delphine, Elisa, voir Zoroïde ! L'ancien prénom omniprésent de Roland, qui se référait au charismatique abbé de l'abbaye de Chézery, désormais totalement rasée, a quasiment disparu aussi (6 individus !) Les prénoms emprunts de la pratique religieuse catholique sont aussi en forte diminution par rapport à L'Ancien Régime, mais perdurent cependant avec des Marie (46 filles) et des Joseph (45 garçons).
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En 1856, Forens est fort d'une population de 462 individus (71 maisons, 104 familles), répartis entre le chef-lieu de Forens (160 individus), Noirecombe (118), Les Clausettes (85), Magras (30) et Les Etrez (69).
Il est surprenant tant de douanier à Forens (même si des zones franches sont voisines). Ceux de plus haut rang comprennent un receveur des douanes, deux brigadiers et deux sous-brigadiers de douane. Les autres, préposés des douanes, sont au nombre de 18 dont 11 chefs de ménage et 7 célibataires. Ils sont répartis entre Forens, "La Caserne" et Noirecombe, occupent 5 maisons et totalisent 63 individus, y compris femmes et enfants, dont 35 qui sont dits habiter en une seule maison de "La Caserne" (sans compter la famille d'un cultivateur).
Les populations sont le plus souvent éparses, et même à Forens proprement dit (48 éparses sur 120 habitants) et au hameau de Noirecombe (64 éparses sur 129 habitants). Ailleurs, ils sont tous éparses, aux "Clausettes" (71 habitants), à "Magras" (33) et aux "Etrez" (69).
Les familles de cultivateurs sont majoritaires, comme toujours à cette époque : 62 cultivateurs et 9 cultivatrices (celles-ci toutes veuves sauf une). A part les douaniers déjà évoqués, on relève 1 boucher, 1 cantonnier, 2 gardes, 1 fromagère, 1 sabotier et 1 savetier, 2 meuniers et un scieur, 4 rentiers et 3 sans profession. En ce qui concerne les domestiques, on en recense 24 qui sont âgés de 11 à 34 ans dont 11 de sexe masculin.
Sur un total de 462 habitants, on recense 247 habitants de sexe masculin et 215 de sexe féminin. Ces chiffres se détaillent en 126 filles ou célibataires de sexe féminin et 147 de sexe masculin ; 78 femmes mariées et 82 hommes ; 18 veufs et 11 veuves. Les handicapés ne sont pas rares : 2 aliénées non dangereuses, 1 aveugle boiteuse et indigente, 4 autres qui ne sont que boiteux ou boiteuses, 1 borgne, 1 estropié et marchant avec des béquilles, 1 estropiée d'une main, 1 borgne et 1 paralytique...
Source : AD01 (en ligne).
Publication : Ghislain Lancel. Relevés et commentaires : Marie-Claude Bordat et Ghislain Lancel.
Première publication le 5 mai 2021. Dernière mise à jour de cette page, idem.