| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Le saviez-vous ? En 1814 Napoléon va de défaite en défaite sur toutes les batailles d'Europe et les autrichiens avancent à grand pas sur la France. En 1814 le Pays de Gex est envahi par l'armée autrichienne qui est particulièrement cruelle avec les gessiens.
En 1815, Lélex et Chézery connurent l'invasion elles aussi. L'ennemi franchissant le col de Crozet marche sur Chézery. Le 4 juillet, à 7 heures du matin, probablement guidés par quelqu'un de la région et marchant en sous-bois, les autrichiens passent au-dessus du rocher des Hirondelles et surprennent la défense française installée au hameau de la Rivière. On se bat au lieu-dit "Malma" où il y aurait eu quelques morts de part et d'autre. Les soldats autrichiens furent inhumés au Tordet sur le chemin de Lélex. L'ennemi se développe ensuite dans toute la vallée de la Valserine, pillant Chézery et tous ses hameaux, puis Confort et Lancrans. Il prit encore à revers les défenseurs du Fort l'écluse qui durent capituler.
On dispose de trois versions du récit de l'arrivée des soldats autrichiens, et du peit combat qui s'engagea contre les français, trop faibles pour résister, récits qui proviennent de trois prêtres de Chézery, et chacun avec de petites particularités différentes.
Donnons d'abord celle du curé Randon, lequel était prêtre à Chézey au moment des faits : « Le 4 juillet 1815, une colonne d’environ 6 000 hommes, de l’armée autrichienne ayant gagné les hauteurs de Crozet, se porta sur Lélex, et de là sur Chézery ; ayant rencontré une partie de la division Desaix et une compagnie de corps francs au lieu-dit Malua, la bataille s’engagea et on se battit avec acharnement. Mais les autrichiens victorieux, envahirent et pillèrent la vallée. Les habitants s’étaient enfuis sur les montagnes. Le curé et le vicaire, Randon et Delerce, furent battus etc. (voir dans le registre des actes 1809 à 1813) ». " [Arch. Dioc. (Bourg), 471/20].
Voyons maintenant celle de l'abbé Neyroud "1815 – [Invasion] des étrangers (russes, autrichiens et prussiens). Le 4 juillet 3 500 hommes de troupes ennemies venant de Lélex, descendent à Chézery. Les 350 français qui étaient à la Rivière les arrêtèrent jusqu’à 10 heures du matin. Mes ces braves manquant de munition et voyant la supériorité des ennemis, battirent en retraite. Il y eut quelques morts et blessés dans le combat, surtout du côté de l’ennemi ; mais on (n’en) a pas su le nombre. L’ennemi envahit toute la vallée, les hameaux de La Rivière, Rosset, le Raffour, La Charbonnière, Eperry, Champeroux, Le Grand Essert, l’Abbaye et se livra au pillage. La maison Blanc, notaire de Champeroux, (a) estiméà 1133 francs, la perte des objets dont il fut volé" [Arch. Dioc. (Bourg), 471/20].
La troisième mention est celle publiée en 1974 par l'abbé Laubépin, dans sa brochure sur Chézery, qui semble reprendre et compléter les deux précédentes : "1815. Le 4 juillet, à 7 heures du matin, 3 500 autrichiens venant de Lélex arrivent en vue de Chézery ; (les) 350 soldats français, qui avaient pris position au Gralet la veille, descendent en toute hâte pour essayer d’arrêter l’ennemi vers La Rivière, au rocher des Hirondelles. Ils tiennent courageusement jusqu’à 10 heures du matin. Mais, les forces faiblissent, et les munitions manquent. Les Français doivent battre en retraite et, devant la menace, les Chézerands s’enfuient dans la montagne en abandonnant tout. Le curé et le vicaire décident de rester au presbytère pour accueillir et apaiser l’envahisseur. Mal leur en prend. Le curé échappe de peu à la fusillade, le vicaire est rossé à coup de poings et les deux poches de sa veste sont arrachées. M. Antoine Blanc, notaire, est emmené en otage jusqu’à Confort. Il y aura tout de même une innocente victime, un dénommé Jean-Claude Blanc, de Noirecombe, qui est fusillé." [Source non précisée].
Notons que les registres de Chézery ne font état d'aucun décès à la date du 4 juillet, et Jean-Claude Blanc, de Mentières, âgé de 23 ans, est mort le 8 juillet 1815, avec déclaration le lendemain... [Registre, décès n° 12].

Au hameau de la Rivière, sur la façade de la maison de la famille Blanc on voyait encore il y a une dizaine d'années un gros boulet autrichien resté fiché dans le mur, près de 200 ans après ! Assez récemment, lors d'un crépissage de la façade, les propriétaires choisirent de retirer le boulet, fortement ancré dans le mur, et de le remiser dans un placard de la maison. Mais vers 2010 il n'y était plus et personne ne sait ce qu'il est devenu !
Référence et compléments : Hannezo, pp. 18-19 -- M. Laubépin, p. 24.
Dossier et photo : Gaëtan Noblet. Publication : Ghislain Lancel.
Première publication le 14 décembre 2016. Dernière mise à jour de cette page, le 28 octobre 2018.