Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Famille Favre (Faure, Fabry) à Chézery

 

Si les Favre ne sont plus guère présents de nos jours, ils ont laissé bien des souvenirs dans le pays (une famille de notaires, un lieu-dit à Chézery, un moine procréateur avec une fille Mermety de Montanges, etc.)

La présence à Chézery de la famille Favre (Faure, Fabry) perdure par un lieu-dit, le Champ-Favre, positionné en bordure du ruisseau des Revines, entre les maisons de L'Eperry et la Valserine (et naturellement non loin de l'ancienne abbaye cistercienne du lieu). On présume que les Favre y avaient leur habitation (sinon que c'était celle de leur fermier), située à l'emplacement de la maison actuelle. Cette terre, portant le nom d'une famille de notaires (et qui était certainement délimitée par une clôture ou muret) devrait donc dissuader tout malveillant d'y porter la moindre infraction !

Favre, ou Faure, cette famille est aussi connue par son sobriquet, Fabry, qui s'y substitue parfois. Ce surnom est attesté tardivement, au mariage d'Antoine "Favre dit Fabry" [656], résidant à Grésin, bourgeois, fils de feu Philibert de Chézery ; ce mariage fut célébré à Bourg-en-Bresse le 03/10/1738 (mariage avec Anne-Marie Morellet). Signalons que son frère Jean-François [7704] alla épouser une fille du notaire du Grand Abergement (Retord).

La présence des Favre à Chézery se résume principalement en une lignée descendante du notaire Anselme Favre [CI-7232], né vers 1570 à Grésin, fils de Jean, marchand de Gresin qui venait d'épouser Françoise Gros, une fille de marchand de Chézery, et qui possédait une maison à Forens, en plus de celles de Grésin et de Mijoux. Son épouse, dite âgée d'environ 100 ans, fut inhumée dans l'église abbatiale. Anselme fut curial de Chézery (1595/1629), et à cette occasion plusieurs fois dit de Grésin [3E 17034, f° 255 -- 3E 17045, f° 246v -- 3E 17044, f° 365].

Leur fils Louis [3940], notaire et châtelain de Chézery né vers 1602, épousa en 1640 une Collomb qui habitait alors Collonges. L'événement fort de sa vie fut certainement lorsque le 14 mai 1657, alors âgé d'environ 50 ans, une heure avant le lever du jour, sa maison à Forens, rière les États de France (et non en Savoie), fut investie par 50 mousquetaires et qu'il fut amené sous bonne escorte à l'abbaye pour obtenir le paiement d'une taxe sur les quartiers d'hiver due par le hameau. Ils eurent trois enfants connus, dont Françoise qui fut la femme en premières noces de Louis Burdet, économe de l'abbaye. Une dispense au 3e degré, du 28 mai 1666, témoigne que ces familles se fréquentaient déjà du temps du père d'Anselme. Bernard-Louis, de Forens, avocat, fut père en 1690 d'un enfant illégitime né à Forens (de Rolande Famy). Puis il épousa Anne-Marie Rouph de Varicourt. Quant à Philibert, il poursuivit les mêmes voies que son père : il fut notaire et châtelain de Chézery, et il épousa Anne-Marie Jarcelat. Philibert semble demeurer dans la Tour ronde du Logis d'en Bas. En 1700, il passe un acte « fait dans la tour ronde et chambre de je notaire » [AD74, 6 C 663, f° 229]. En 1686 il se rend coupable de « dégradations et coupements de bois dans la montagne de l'Esbelly », bois aussi revendiqué par l'abbaye. Vers 1671/1675, Louis, son père, avait aussi eu un différend sur un pré de la Grange Nycollaz, supposée auto-acensée...

Sieur Pierre, fils de Philibert, époux de Pernette Branche, fut aussi châtelain de Chézery. Notons que si presque tous les prédécesseurs immédiats de Pierre à Chézery sont dits des Favre (ou Faure), par contre tous les enfants de ce Pierre sont désignés sous le patronyme de Fabry (Fabri) dans les registres de Chézery (ainsi que l'Antoine marié à Bourg, et d'ancêtres de cette famille du XVIsiècle).

Les Favre et l'abbaye

Le souvenir de la présence des Favre à Chézery est lié à l'abbaye et à leurs fonctions au service des abbés comme notaire, ou directement en tant que châtelain ou curial. Ils interviennent déjà à Chézery un siècle avant qu'on ne les repère dans les registres paroissiaux.

Ainsi, en 1516, sous l'abbé André d'Amancier (présumé natif d'Amancy, 74007), à propos d'une convention dont les habitants se plaignent qu'elle ne soit pas appliquée, le chapitre de Cîteaux s'exprime, avec la volonté de "défend(re) absolument à l'abbé de Chézery, de permettre à Claude Favre (Faure), sous prétexte de mise au clair (...), de procéder à toute reconnaissance dans la ville et territoire du val de Chézery" [Canivez, 1513 n° 64 ; 1516, n°36, p.502, et n° 37, p. 502]. Il s'agit certainement de MFaure de Bonne (74040, à l'est d'Annemasse) qui, vers l'année 1516 et 1517, enregistrait des reconnaissances pour l'abbaye [n° 9 de l'inventaire de 1729]. C'est certainement lui aussi qui dès 1514 avait signé le premier livre terrier [n° 1]. Il est certainement aussi l'égrège "Glaude Fabvre" cité à trois reprises, pour avoir signé au nom de l'abbé, des réductions substantielles de taxes en pays de Gex (Sergy), au préjudice de l'abbé et au profit de spectable Francois de Michallie, président des comptes en Genevois, par des actes 1533 et de 1537 [f° 187v, 194 et 195]. C'est lui aussi qui reçoit les hommages des nobles du pays de Gex (noble Glaude fils de noble Pierre Sernage de Grignier à Péron/Greny) au nom de l'abbé de Chézery. Claude Favre de Bonne avait acquis des biens à Saint-Jean-de-Gonville ; il était par ailleurs fermier du greffe de la châtellenie de Gex et commissaire d'extentes de la châtellenie de Gex peu avant l'invasion bernoise de 1536 [C. Mottier]. Etienne Favre apparait dans une rente accordée par l'abbaye reçue par MThibaud Brunet et transmise après lui à MEtienne Favre (son fils ?). En effet une rente féodale, d'abord reconnue par MThibaud Brunet, notaire et commissaire en 1479, fut ensuite reconnue par MClaude Favre, notaire et commissaire en 1520, et enfin rénovée par MEtienne Favre notaire et commissaire en 1605.

Le 3 décembre 1588, un acte est passé par-devant M(Anselme) Faure, notaire du lieu, en la courtine ou chambre de l'abbé. En 1596 une rente en faveur de la Confrérie de Saint‑Roland de Chézery est passée par-devant ce MFaure [3E17053c, f° 101v].

En 1668, âgé, le notaire MLouis Faure, est désigné par le Sénat comme économe de l'abbaye, durant la vacance d'abbé. Mais c'est contre sa volonté, et c'est son fils Philibert qui s'acquitte bientôt de cette lourde tâche. En tant qu'économe, Louis aura à trouver sa place, avec plus ou moins de ruse et d'honnêteté, entre les souhaits des moines, de l'abbé et de la Savoie. Ainsi, les archives conservent encore une lettre signée du duc Emmanuel de Savoie, qui lui fut personnellement adressée (concernant une prébende impayée) [AD73, SA  3439 (23 mai 1671)].

Parmi les biens de l'abbaye de Chézery, sis à Lélex (le Pré aux Moines, etc.), un "Sieur Fabry" intervient souvent, notamment et 1756 et aussi après la Révolution (comme acquéreur). D'après les dates, ce serait Louis-Gaspard Fabry, avocat au parlement de Bourgogne, et ses ascendants directs.

Achevons ce rapide état des Favre intervenants de Chézery, en remarquant que tous ne furent pas des saints ! Une naissance du 28 mars 1640 à Champfromier en témoigne : "Marie Jheanne, fille de Frère Jhean-Bernard Favre, Religieux de Chézery et Damoyselle Claudine Demertery (De Mermety ?), a esté baptisée". Ce baptême se fait  dans la discrétion, sans la présence d'aucune personne de Champfromier, de Chézery, ou de Montanges, d'où est probablement originaire la mère : "de laquelle a esté parrein Jhean Guiot, Me serrurier de S(ep)tmoncel et marreinne Marguerite Gruet, femme dudit Guiot, qui l'ont ainsy apporté à la porte de l'église" ! Ce moine, novice en 1627 puis cellérier présent à l'abbaye jusqu'en 1650, est le seul dont on ait une attestation de paternité. Il justifie ainsi, à lui seul, des rumeurs sur les moines vivant leur vie sans respect de la clôture et même en dehors de l'abbaye. Mal identifié, on sait seulement de lui qu'il fut le fils de MEtienne, de Vanzy (74), et qu'il se distingua aussi par une autre particularité, celle de devenir séculier pour hériter de son père (des granges et 2000 florins), et même de sa sœur Madelaine (épouse de MBernardin Donzier, commissaire d'extentes). A signaler qu'un autre Faure, Antoine, fut son contemporain, religieux cité à Chézery en 1639. Signalons encore le moine Dom François-Marie Fabri (Fabry) signalé de 1778 à 1782 en tant que moine de l'abbaye de Chézery, qui pourrait être un fils de Philibert, mais il y serait alors arrivé très âgé (né en 1694) [3E17080, f° 4]. Enfin citons, en 1657, le controversé moine Charcot, qui dormait parfois chez son cousin, MFaure châtelain demeurant à Forens.

 

 

Sources pour l'abbaye : Ghislain Lancel, L'abbaye de Chézery, Faure : p. 17, 41, 56, 69, 70, 91, 95, 113, 116, 125, 132, 146, 158, 173, 187, 204, 208, 237, 238, 239, 255, 263, 265, 309, 310, 311, 328, 345, 346, 347, 397 ; Favre : p. 41, 56, 68, 125, 145, 181, 202, 221, 227, 233, 344 ; Fabri : p. 125, 324, 355 ; Fabry : p. 210, 211, 219, 279, 294, 355, 356 ; Fabvre : p. 181, 182, 325, 346 ; Dom François-Marie Fabry : p. 355, 356 et Dom Jean-Bernard Faure : p. 345.

Publication : Ghislain Lancel

Première publication le 12 mai 2021. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 
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