| Patrimoine et Histoire de Champfromier
Par Ghislain Lancel |
Il n'y a pas peut-être pas que les touristes qui ont envie d'avoir quelques infos sur l'ancienne abbaye cistercienne de Chézery (Ain). Voici une synthèse, disponible en pdf en 4 pages (téléchargement gratuit en bas de cette page web) !

L’abbaye de Chézery (Ain) fut presque totalement détruite après la Révolution Française. Dite du lieu de Keseriaco, Cheysiry, Cheiserie et autres graphies dans les vieux grimoires en latin et en vieux français, cette abbaye cistercienne était fille hiérarchique de Fontenay, dépendant elle-même de Clairvaux, et au sommet de Cîteaux. Elle avait été fondée le 4 des calendes de septembre 1140. Durant deux siècles, jusqu’aux environ de la Grande Peste (vers 1350), elle connut une prospérité remarquable parmi les établissements religieux du bassin lémanique, tant par ses personnalités marquantes comme celles des abbés Lambert et Roland, que par son économie agro-pastorale (vignes, blé, bois, brebis et vaches). Vint ensuite une longue période de déclin, y compris dans la dimension spirituelle, causée tant par l’émergence d’autres ordres (mendiants) que par l’arrivée des abbés commendataires peu impliqués. Guerres, incendies et surtout négligence de la gestion sur le long terme ; lorsqu’arriva la Révolution française, l’abbaye de Chézery n’était déjà plus que bâtiments délabrés, et il devenait bien difficile d’y compter les 12 moines préconisés par Cîteaux… De ce passé, qui s’effondra en même temps que le monde seigneurial, il ne reste plus guère, matériellement, qu’un portail rappelant le logement voisin de l’abbé, et l’emplacement des cabarets que l’abbaye possédait au même titre que des granges comme celle de la Ménagerie (à la sortie du village, vers Lélex) [Iconographie : AD 21, Tibériade C3527].
Lambert, premier abbé de Chézery, frère de Pierre, premier abbé de Tamié (autre abbaye cistercienne, mais de de Savoie et fondée dès 1132) et ensuite archevêque de Tarentaise.
Roland, troisième abbé de Chézery. Ses reliques sont encore conservées dans une chasse de l’église paroissiale actuelle. D’un très grand renom, on honore encore chaque année sa fête, le 14 juillet, avec un office religieux devant l’oratoire de la Fontaine-Bénite, situé à quelques kilomètres au bord de la Valserine. Cette cérémonie fut très longtemps à l’origine d’un pèlerinage attirant à Chézery des foules considérables.
Louis Perrucard (1601-1619). Il était le troisième fils de Pierre de Perrucard, riche serviteur du Duc de Savoie dont il avait acquis la seigneurie de Ballon, terroir presque voisin situé en aval de Chézery. En compensation des ravages provoqués par les troupes sur le Chemin des Espagnols passant au pied de l’abbaye, il avait obtenu en 1609 que Chézery dispose de deux foires franches annuelles.
Laurent Scotti (vers 1632-1663). D’origine italienne,
il est dit Scot (Scott) en France. Il fit effectuer quelques travaux de restauration
du monastère, mais est surtout connu pour son blason en couleur, figurant
sous le porche de passage entre les deux anciennes auberges, et pour avoir
fait graver en 1645 son accord de construction d’une nouvelle église
paroissiale, comme on peut le lire en latin sous son blason, au-dessus du porche
de cette église.
Joseph de Savoie (vers 1677-1728). Il était fils naturel de Charles Emanuel, Comte de Savoie (et de Marie de Trécesson). Agé de 13 ans, il obtint en 1677 une bulle papale en sa faveur pour l'abbatiat de Chézery. Il fit réaliser divers travaux, dont deux arches du cloître. Mais, devenu abbé de Lucedio (Italie, Piémont), son successeur alla jusqu’à faire intervenir le roi pour lui faire payer une partie des travaux de restauration urgents du monastère.
Joseph-Marie Paget (1787-1792). Dernier abbé de Chézery (mais en tant qu’évêque de Genève).

(1) Eglise actuelle (paroissiale). Blason de l’abbé Scot, au-dessus du porche principal, avec inscription en latin signifiant : 1645. A Dieu, grand et bon, et à la Vierge Mère de Dieu, cette église paroissiale a été construite depuis ses fondements par la communauté de Chézery, avec l’autorisation de Laurent Scot, abbé (de l’abbaye). Les reliques de Saint-Roland, troisième abbé, sont conservées dans une chasse exposée dans une chapelle latérale.
(2) Emplacement de l’ancienne église abbatiale. Un pan d’ancien mur de la nef se devine encore sur la gauche, renforçant le mur de l’église paroissiale. Un unique chapiteau est conservé, visible (renversé, servant de socle à des fleurs) près de la porte d’entrée du restaurant Blanc (Hôtel du Commerce) à Chézery.
(3) Emplacement de l’ancien appartement de l’abbé.
(4) Porche d’accès aux anciens appartements et cloître. Le balcon en fer forgé porte la mention « Nicolas Chauvin de Morez, 1759 ». Le tympan portait un blason totalement martelé (ayant pu être celui de Joseph de Savoie, qui fit effectuer quelques travaux).
(5) Autres anciens appartements ou bâtiments. A gauche de l’entrée de la rue en cul de sac, trace d’un blason martelé énigmatique dans le mur.
(6) Ancien cloître. Il n’eut que 3 galeries dans les derniers temps, et était entouré de bâtiments conventuels (cuisine, réfectoire, four des aumônes, dortoir et clocher décentré de l’église).
(7) Anciens jardins. La mappe sarde, datée de 1730 environ, montre une dizaine de parterres séparés par des allées. A l’extérieur se trouvaient les moulins et battoirs de l’abbaye, actionnés par l’eau provenant d’un ruisseau dévalant de la colline voisine, avec une réserve d’eau (dite l’écluse).
(8) Ancienne auberge « banale », dite Cabaret d’en Bas, et appartenant à l’abbaye, laquelle fut confirmée en 1570 comme disposant seule à Chézery d'un droit de vente de vin et de celui de faire tenir une taverne. Une tour ronde fut détruite lors de la crue de la Valserine de 1752. De nos jours, le restaurant Le Relais des Moines, perpétue la tradition.
(9) Portail d’accès à l’ancienne cour de l’abbaye. Vers 1730, une allée menait en ligne droite à l’église abbatiale, et deux autres au porche du cloître et à l’église paroissiale. La clé de voûte du porche, gravée "Jh*G /1858", rappelle sans conteste es travaux réalisés en 1858 par Joseph Grosfillex. Au-dessus figure un blason mal défini, peut-être un remploi portant la date de 1722. Sous le passage est conservé un blason en couleur de l’abbé Laurent Scot. La mitre et la crosse tournée à gauche indiquent que l'abbé Scot, et probablement ses prédécesseurs étaient munis de pouvoirs épiscopaux, limités à l 'intérieur du couvent.
(10) Ancien Cabaret d’en Haut.
A signaler que la grange des moines, dite de la Ménagerie, située au rond-point de la sortie du village vers Lélex, est encore habitée. L’oratoire de la Fontaine-Bénite est un but de promenade en famille, accessible à pied depuis ce rond-point, en re montant la Valserine.
Par une chaude journée d'été, dit la légende, Roland rencontre un faucheur au corps ruisselant de sueur : « As-tu soif, mon frère ? » lui demande l 'abbé. — « Oh ! bien oui, Père Abbé ! Comment, par cette ardeur d 'été, ne point avoir la pépie ? ». — « Veux-tu du vin ou de l’eau ? » — « Le vin, riposte le manant, n 'est point fait pour les lèvres de pauvre, et pauvre je suis. Oncques me contenterai-je d 'aigue pure ». Et Roland plante son bâton en terre, au coin d’un petit bois ombreux : une source fraîche jaillit, fraîche autant que cristalline, qui donna son nom à la Fontaine-Bénite. Dans les siècles suivants, on vient en procession à la fontaine, et on se sert de l'eau pour guérir les troubles de la vue, parfois avec succès si l 'on croit les témoignages qui nous sont parvenus. Il y a quelques années, l’eau a été captée mais, dans la pierre qui porte l'empreinte du bâton de Roland, très visible devant l 'oratoire, il y a toujours de l 'eau, même par grande sécheresse, et nul ne sait comment elle parvient là [Abbé Michel Laubépin, Chézery, p. 12].

1140 (29 août). Fondation par A m édée, Co mte de Genève.
1466 (environ). Le monastère brûle presque entière ment.
Fin du XV e siècle. Les abbés deviennent com mendataires (nom més par de gr ands personnages, et non plus du choix des moines). Dès lors, l’inf luence spirituelle de l’abbaye, dé jà a ffa ib lie, se dé gra dera dava ntage. Les abbés n’étant plus guère présents, ils n’investissent plus que rare ment et l’ense mble des bâti ments du monastère se détéri ore.
1525. Sous l’abbé André d’Amancier, quatre cloches sont fondues et les paroissiens en payent la moitié (300 florins). Par ce moyen, la plus grosse de ces cloches (qui porte les armes de l’abbé), sera préservée de la refonte à la Révolution et transférée dans l’église paroissiale, où elle se trouve désormais.
1535 ( mars). Par édit, les pays savoyards de Bresse, Bugey (Chézery) et Valro m ey devienne nt Français (mais Franç ois I er re met l’abbaye de Chézery aux bernois en 15 55).
1559 (3 avril). Par le traité de Ca teau-Ca mbraisis, la France rend le Bugey à la Savoie.
1590 (fin avril). Lurbigny, pour le futur Henry IV, à la tête des coali sés de Berne et de
Genève, pille l 'abbaye (reliquai res et riches orne ments).
1601 (17 janvier). Traité de Lyon. Durant une décennie des troupes (20.000 soldats) vo nt passer au bord de l 'abbaye par le Che m in des Espagnols.
1660 (décembre). Chute du toit de l’église abbatiale (neige ?)
1715. Bref du Pape Alexandre VII a doucissant les règles cisterciennes…
1760. Traité de Turin : Chézery , et toute la Manche Sarde, dev iennent Français, mais l 'abbaye est rattachée à la mense épi scopale de Genève (les a b bés sero nt désor mais les évêques).
Révolution. Les derniers moines partent. Toutes l es propriétés de l’ab baye de Chézery situées en France deviennent Biens natio naux.
1791 (18 avril). Les principaux biens de l’abbaye, situés dans le nouveau district de Gex (14 lots), sont vendu globalement (150.000 livres) à un négociant de Mijoux, lequel va ensuite revendre au détail chacun des lots (et s’enrichir correctement !)
Guichard, Olivier : L 'abbaye de Chézery, des origines à la grande peste 1140-1348, SADAG, 2000 (254 pages).
Site web : http://champ.delette. free.fr (voir les onglets : Chézery village et Chézery abbaye), par Ghislain Lancel.
Nous re me rcions M. Bernard Vuaillat, maire de Chézery, et la municipalité, les membres de la Fromagerie de l’Abbaye et les habitants du village qui soutiennent ces publications.
Brochure rédigée par Ghislain Lancel. Un ouvrage complet sur l’abbaye de Chézery (ses abbés, son monastère et ses granges), est en préparation et sera publié vers novembre 2020.
Télécharger gratuitement les 4 pages de cette synthèse.
Publication : Ghislain Lancel.
Première publication le 27 juin 2018. Dernière mise à jour, idem.