Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Visite de l'abbaye, le 1er juin 1730 [Prochainement]

 

Frère Jacques Pasquier, abbé de Tamié, ne visitera l'abbaye de Chézery qu'une fois, le 1er juin 1730 (après y avoir célébré la messe de Pentecôte, le 28 mai). Il est accompagné dans son voyage par Dom Malachie de Béthune, son religieux secrétaire et adjoint. Leur carte de visite (compte-rendu) comportera enfin les noms de tous les religieux : le prieur de Chézery est Dom Claude de la Grange, profès d’Aulpx, accompagné de cinq religieux (Dom Jean Reydellet, sous-prieur et procureur, Dom Etienne Bret, Dom Antoine Guychon, Dom François Nicod [sacristain et] cellérier, ces quatre profès dudit Chézery, et de Dom de Amédée Buttet, profès d’Hautecombe) et d'un convers (Antoine Félix). Quatre autres profès de Chézery sont absents en France (Dom Guyot, Dom Horteur, Dom de Thiolaz et Dom Boisset). L'abbé commendataire de Chézery, Mr l’abbé de Chaumont, est aussi dénommé, mais à propos d'une lettre que le visiteur lui adresse pour qu'il s'acquitte de garnir la sacristie et la bibliothèque.

Visite du 1er juin 1730

Après avoir célébré la messe de communauté de Pentecôte, l'abbé de Tamié commence sa visite de l'abbaye de Chézery le 1er juin 1730, par le chapitre puis le "Très Saint Sacrement, les autels, les reliques, les Saintes huiles, la sacristie (et) les ornements de l’église". Il trouve la "sacristie en fort mauvais état, et dégarnie des ornements décents, soit pour le linge soit pour les parements des autels, et les ornements sacerdotaux" et, "incontinent, écrit à Mr l’abbé de Chaumont, commendataire de cette abbaye, pour le prier d’y pourvoir, selon ses obligations, aussi bien qu’à la bibliothèque".

Il rappelle que le Bref donné en 1666 par le pape Alexandre VII, "est leur loi propre et spéciale" (lecture de la Règle, tenue du chapitre, silence après les complies, ne garder ni ne recevoir aucun argent, ne point parler "aux personnes du sexe" ni se rendre à la grande cour devant le monastère où les personnes de l'un et l'autre sexe se rendent à l'église paroissiale, ne pas entrer dans la cellule d'un autre religieux ni en faire entrer dans la sienne, etc.

Un chapitre entier est consacré aux soucis que cause le sexe feminin. L'abbé visiteur croit devoir interdire à ces femmes de coucher dans l'enclos mais, étant sous-entendu la bulle apostolique citée en 1486 dont on ne fait plus mention, laquelle autorise l'entrée des femmes dans le monastère, on s'en remet à l'abbé de Clairvaux (oubliant que Chézery est une fille de Fontenay) pour ordonner ce qu'il faut interdire... Et comme il manque de bras d'hommes dans la paroisse pour faire les foins dans l'enclos, là aussi étant sous-entendu que c'est pour faire les foins de la Ménagerie voisine, bien que dite gérée par les moines eux-mêmes, et sachant que l'unique convers est évidemment insuffisant, on emploie des femmes pour les foins, et l'on interdit de leur parler, sauf au cellérier pour les payer : "Quelque fâcheux qu’il paroisse de refuser le logement à certaines personnes d’une considération distinguée, nous ne croyons pas pouvoir prendre sur nous de permettre l’entrée de l’enclos à celles d’un sexe différent, surtout pour coucher en aucun lieu dudit enclos ; c’est pourquoi nous nous en remettons à cet égard à ce qu’il plaira à Monsieur le très Révérend abbé de Clairvaux d’en ordonner ; et en attendant, nous défendons, sous les peines et les censures de l’Ordre, de laisser entrer dans ledit enclos aucune personne du sexe, de quelque qualité ou condition qu’elle soit ; et pour cet effet on en tiendra toujours les portes fermées, aussi bien que celles du monastère ; à quoi Dom Prieur tiendra exactement la main ; néanmoins, au cas où que l’on ne puisse pas absolument trouver des hommes pour faire les foins qui sont dans ledit enclos, on pourra dans cette nécessité urgente y employer des femmes, auxquelles aucun religieux ne pourra alors se joindre ni leur parler, excepté le cellérier lorsqu’il ne pourra s’en dispenser, soit pour les payer soit pour quelque autre nécessité.

Les articles suivants concernent l'interdiction de sortir de l'enclos régulier, d'entrer dans des maisons de réguliers, les messes à payer au seul sacristain, de tenir propre les ornements "où nous avons remarqué beaucoup de négligence et de malpropreté", et pour cela d'aider le sacristain qui est aussi cellérier, et finalement "de se maintenir inviolablement dans la paix et dans l’union que nous avons eu la consolation de trouver parmi eux, et de continuer à s’acquitter de l’office divin et de leurs autres devoirs avec toujours plus de ferveur, de dévotion et de diligence".

Lien vers la transcription intégrale de la visite.

Source : AD73, SA 206, ff° 405-408.

Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Frère Jean-Bénilde (Tamié).

Première publication, le 26 juin 2020. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

<< Retour : Abbaye de Chézery, accueil