Patrimoine et Histoire de Champfromier
Par Ghislain Lancel

La corvée de chemins, jusqu'en 1935

 

Sous l'ancien régime

Sous l'ancien régime, la corvée annuelle des chemins était l'un des apanages fréquents des seigneurs. Pour les plus riches des habitants, qui possédaient des bêtes de trait (bœufs), la corvée pouvait consister à faire apporter dans un char des pierres aux endroits désignés des chemins en mauvais état. Les plus pauvres, eux, devaient travailler avec leurs bras à disposer ces pierres dans les ornières des chemins.

Notons qu'à Chézery, les corvées comprenaient aussi d'endiguer la rivière, la Valserine, et aussi à curer l'écluse du seigneur-abbé. L'écluse désignait la réserve d'eau qui permettait de réguler le débit de l'eau servant à actionner l'enfilade des moulins de l'abbaye. A Champfromier on n'a pas connaissance que le seigneur, le prieur de Nantua, ait exigé de semblables corvées. Mais les hommes de cette terre, devenue française depuis le Traité de Lyon en 1601, furent bien sollicités par le roi de France, avec lequel la corvée royale se répand dans tout le royaume vers 1730. Elle n'est alors plus limitée aux chemins de la paroisse, mais s'applique alors à des routes parfois bien éloignées des corvéables. Quelques notes de curés dans les registres nous en informent :

"En 1746 et 47 furent fait les grands chemins de Lyon à Genève qui coûtèrent infiniment dans ce voisinage, il y eut icy des particuliers qui y travaillèrent plus de 160 journées, il y en avoient qui avoient 20 toises [près de 400 mètres] à faire" [Web BMS 1742/46, p. 27d (Humbert, curé)].

"En 1748 se sont fait les grands chemins qui ont coûtés infiniment et surtout à Champfromier" [Web BMS 1747/51, p. 11d (Humbert, curé)].

"L’an 1751 furent commencés les grands chemins aux dépens des communautés, et l’an 1754 fut fait celui depuis Trubillet [Trébillet] à Montange avec le pont [sur la Semine], [ce chemin] aux frais de Montange et de Champfromier, hors le pont qui fut fait aux dépens de la province" [Web, BMS 1752/56, p. 10].

Il en fut naturellement de même après le Traité de Turin : " (En 1763), les grands chemins se sont fait d’après le pont de Bellegarde jusqu’au Fort [Fort l'Ecluse], chemin qui a coûté plus 500 journées à Champfromier" [Web BMS 1762/63, p. 08d -- Debombourg, Champfromier, p. 35, 37-38].

Cependant les corvées des hommes de Champfromier bénéficient parfois à leur territoire. Le 19 septembre 1771, sitôt les syndics élus, il est rappelé que "le mauvais état des chemins de la paroisse de Champfromier exige les plus promptes réparations". Par ailleurs, la santé du châtelain ne lui ayant pas permis de se trouver aux assises, nous (juges) ordonnons que la disposition ci-dessus sera notifiée au châtelain à la diligence du procureur d'office." [AD01, 25B424].

Après la Révolution

La Révolution passée, on aurait pu croire cette servitude disparue. Il n'en est rien, et elle perdurera même très longtemps, jusqu'à ce que la mécanisation et de nouvelles technologies d'entretien et de pose de revêtements des routes ne nécessitent plus que quelques hommes.

 

 

Première publication le 19 mars 2025. Dernière mise à jour de cette page, idem.