Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

La Caserne (aquarelle)

 

La plus belle aquarelle peinte par A. Pochet (Voir sa vie et son œuvre) à Champfromier (Ain) est sans conteste celle de la "Caserne", cette maison un peu en retrait de l'actuelle rue des Burgondes (n° 966).


Dessin aquarellé de la Caserne de Champfromier par A. Pochet (41 X 24 cm)

De cette représentation pleine de vie où la lumière et l'ombre renforcent les volumes, on peut constater que la maison n'a guère changé actuellement : les mêmes arches et la "prison" au fond, le même escalier en bois, le même balcon avec son pilier central, même si le bleu a presque entièrement disparu de nos jours. La maison à l'arrière-plan (rue de la Fruitière) n'a pas non plus beaucoup changé, on reconnaît la maison Tournier.

Quelques outils et du petit mobilier sont représentés et suffisent à donner vie au tableau, dans la quiétude toutefois, dégagée par la présence en arrière plan de deux femmes assises dont l'une se contente de capter la douce et chaude lumière offerte entre le printemps et l'été, tandis que l'autre femme travaille assise. Compte tenu du réalisme de l'ensemble, il est probable que ces femmes ne sont pas imaginaires et que l'on pourrait certainement les identifier si l'on savait l'année de réalisation de cette aquarelle (Est-ce Mme Chapuis, la voisine, qui est représentée assise, avec les mains jointes dans une attitude qu'on lui retrouve sur des photos anciennes ?) Sous les arches se trouve une table ronde à un pan rabattu, accrochés sous le plafond, ce sont trois manches de faux et une scie à arbalète. A l'étage des paniers tressés et des pots de fleurs. Des volumes sur la table, du bois le long du mur, une charrette devant la maison, là encore laissent transparaître la vie aujourd'hui, et les activités de demain.

Un dessin parfait ? Pas tout à fait, la mention "Vieille maison 1793" précédant la signature, semble un peu trop approximative puisqu'à l'arrière de la maison un linteau en bois porte l'année précise "1790 F FAMY".

Le pilier bleu...

Magnifique aquarelle, il y a tout de même un détail qui surprend vraiment, c'est la couleur bleue du pilier du balcon ! Cette couleur va être à l'origine d'une découverte surprenante... En allant vérifier, on constate qu'il y a bien encore un peu de bleu sur le pilier. Mais pourquoi donc est-ce le seul élément peint de cette maison ? En y regardant de plus près, on découvre aussi que ce pilier n'est absolument pas d'origine. Il comporte des éclats de vieillesse et une trace d'encoche ronde significative d'un autre usage plus ancien, enfin il était peint... bref c'est une belle pierre, mais une pierre de remploi !

D'ailleurs il est certain que ce pilier n'est pas d'origine puisqu'il n'est solidaire d'absolument rien dans la maçonnerie, ni à sa base où il est simplement posé sur le muret en pierre, ni au sommet où la partie centrale de la poutre en bois y est tout juste posée en appui. Ce vieux pilier a même été calé de petits renforts en pierre du côté ouest sous sa base afin de rétablir la verticalité du pilier ! De toute évidence, la poutre soutenant la toiture sur toute la longueur du balcon donnait des signes d'affaissement en son milieu et on l'a soutenue en lui rajoutant alors en son centre un pilier de récupération.

Mais alors où récupérer un pilier bleu quelques décennies après la construction en 1790 ? Il ne semble y avoir qu'une seule explication possible. Au début du XIXe siècle, l'église du village fut démolie et entièrement reconstruite, c'est d'ailleurs celle qui existe actuellement et qui fut consacrée le 3 octobre 1827. On peut facilement vérifier que l'église actuelle n'a plus aucun pilier cylindrique (les seuls cylindres sont les colonnettes des pieds des deux bénitiers). Il est donc fort probable que les vieux piliers de l'ancienne église, vieux mais néanmoins parfois colorés, ont été récupérés pour des usages privés, ici de soutenir une poutre qui s'affaissait. Il est d'ailleurs probable que trois épais piliers de soutien pour un modeste pélet d'une autre ancienne habitation de la commune, restaurée en 1826, proviennent de la même origine. Et ce ne serait pas le seul exemple, en se promenant dans le village et les hameaux on retrouve avec étonnement des piliers ou des colonnettes intégrés dans des murs ou servant de soutien divers [Ghislain Lancel].

 

Tableau : Collection privée

Première publication le 19 mai 2011. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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